La mosquée bleue

(Avant d’aller voir la mosquée bleue, j’ai eu la chance d’entendre l’appel à la prière de midi, entre Sainte-Sophie et la mosquée bleue. On dirait qu’ils se répondent. Je vous conseille de l’écouter musique de fond de l’article « La mosquée bleue ».)

J’arrive au moment de la prière, quand le muezzin appelle les fidèles. À droite d’une porte géante, des hommes, de tous âges, couleurs et styles se lavent les pieds devant d’antiques robinets en métal. Au-dessus de la porte, une inscription d’or, sûrement issue du Coran, donnent aux hommes qui y croient des indications sur leur dieu, enfin je pense. Je passe cette porte, débouchant sur une grande cour, entièrement de marbre, gris, blanc avec des reflets bleutés. Sulthanhamet porte bien son surnom. Le haut des minarets est aussi orné de bleu. Je ne suis encore jamais entré dans une mosquée. Le marbre chaud de la cour accueille beaucoup de femmes qui, je pense, attendent leurs hommes, pendant qu’ils témoignent leur foi en leur dieu. Le marbre est vraiment chaud, comme habité. J’attends la fin de la prière de midi, en observant une femme qui a emporté son tapis et qui prie derrière l’ancien réservoir dédié à l’absolution. Elle n’est pas avec les autres mais vit sa foi seule, elle n’a pas besoin d’être à l’intérieur, pour aimer son dieu. Je regarde aussi les messages pour les visiteurs « non-initiés » à l’islam, qui parlent de l’unicité de la foi, de l’universalité de dieu et portent les messages de paix de l’islam. Ils font du bien, par rapport au contexte général actuel. Malgré leur volonté non-dissimulée de convertir, ils ont le mérite d’interpeller. Un panneau montre l’arbre généalogique des premiers saints. Isa (Jésus) n’est pas très loin de Mahomet.  La cour est ornée de grandes arches, majestueuses et pointues, soutenues par des piliers de marbres. Le temps a coloré leur base en turquoise. Comment autant de couleurs se retrouvent ainsi au même endroit, déposées par le temps ? En dessous des dizaines de portes et de fenêtres, au-dessus, des dômes magnifiquement peint de motifs rouges. Un chien errant dort à côté de moi, son rêve à l’air très agité, mais personne ne l’empêche d’être ici.

Je vais essayer d’entrer maintenant voir si le marbre est encore plus chaud après la prière. Il commence à pleuvoir, je vais me réfugier à l’intérieur, mais pas par la porte principale, elle est réservée aux croyants.

Après avoir enlevé mes chaussures, je peux entrer. Le tapis de la mosquée est doux, autant pour les pieds que pour les yeux. Des fleurs bleues sont reliées entre-elles par des tiges turquoise, sur un fond rouge clair très apaisant. De petites lumières très basses sont accrochés au plafond. 4 énormes piliers soutiennent le dôme, chacun portant une inscription d’or qui restera pour moi un mystère. J’ai lu ensuite que cette architecture s’appelle « en patte d’éléphant », j’ai pensé à Khartoum, que je ne pourrais voir pour le moment. La pierre du dôme est habillée de plusieurs fils d’or, trace de la vie de Mohamed, qui sont presque toujours sur une base circulaire. Au fond de cette grande salle, un espace est réservé à la prière des femmes, à l’avant celle des hommes et au milieu, celle des perches à selfies et du clic des instantanées prises en rafale par les visiteurs. Les femmes doivent se voiler pour entrer ici, c’est drôle de voir comme certaines n’en ont pas l’habitude, et sont prête à enfreindre les règles de ce lieu saint, pour ne pas sacrifier une photo.

L’ambiance est calme, accueillante et invite à l’introspection, d’ailleurs une dame asiatique médite maintenant à côté de moi. La lumière est douce, filtrée par les vitraux colorés, comme les voiles des croyantes du fond de la salle. Ces formes lumineuses complètent des ornements complexes et infinis des hauts murs, en-dessus d’un second étage, sûrement réservé aux notables de l’époque. Les couleurs ici sont beaucoup plus présentes que dans la cours, elles sont même partout. Au fond de la salle repose une stèle d’or (mihrab), ornée de deux lunes et au milieu un fronton qui surplombe d’autres fils d’or. Encore en-dessous de ces paroles saintes se trouve une mystérieuse pyramide à niveau. L’ensemble est si harmonieux qu’il est dur d’y voir l’impact des siècles, comme pour sa voisine Sainte-Sophie. Mais le plus impressionnant reste la grandeur de tout ce qui se trouve ici.

Je ressens un grand contraste entre le côté imposant de l’extérieur et la douceur chaude de l’intérieur. Ce contraste me fait penser à la perception de l’islam en général. Peut-être que les gens, lorsqu’on parle d’islam, perçoivent l’extérieur de la mosquée bleue et se limitent à cette grandeur, à cette raideur, alors que l’intérieur est doux comme le tapis qui recouvre le sol, beau comme les ornements des murs, lumineux comme les vitraux des fenêtres et beaucoup de paroles et préceptes, d’or comme les fils tressés qui reprennent les paroles du prophète. Comme m’a dit Philippe quand je suis arrivé, ça donne envie d’y croire.

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