Un rêve de gosse 

Un rêve de gosse 

Je me souviens d’un jour, où pas bien grand, j’étais tombé malade lors d’un camp organisé par mon école. J’étais tellement mal que la maitresse avait appelé mes parents pour qu’ils viennent me chercher. Mon père était alors venu. Sur la route qui me ramenait à la maison, je ne sais pas comment, mais on avait abordé le sujet de son voyage en Afrique. Ce jour-là, mon imagination s’était laissée bercer par des histoires de voyages en bateau sur un lac immense, d’explorateur, de singes et de crocodiles et d’un vieux train. Je crois que c’était la première fois que je m’intéressais vraiment au voyage qu’il avait réalisé avec son journal, pour marquer le passage à un nouveau millénaire. C’est, à mon souvenir, la première fois que l’Afrique me faisait rêver, en dehors du Roi Lion évidemment.

Depuis quelques jours, je voyage dans l’environnement de ce rêve. D’abord dans le vieux train colonial qui me permettra de relier Dar es Salaam et Kigoma. Vieux est un petit mot pour décrire cette antiquité. Bien qu’il ne fonctionne plus au charbon, comme à l’époque de sa construction par les allemands, et les dernières technologies qui y sont embarquées datent des années 70. Lorsque j’ai réservé mon billet, j’ai demandé quand est-ce que nous allions arriver à destination. La réponse fut aussi vague qu’étonnante : Dimanche. Ici, un voyage est une activité à part entière, incertaine. On ne prévoit rien d’autre que le voyage. Je commence à m’y faire. Le départ est prévu vendredi après-midi. Je rejoins alors mon wagon de seconde classe. Il est équipé de six couchettes, qui peuvent se transformer en siège durant la journée. Je voyage avec un vieil homme nommé Johnatan, qui a de la peine à se déplacer à cause de son âge. Il parle bien anglais et la conversation est agréable. Le train se met alors en route pour l’extrême Ouest du pays, à 1200 km d’ici. Lors du départ, tout le monde passe la tête par la fenêtre, qui ont presque toutes été remplacer par des planches de bois. Doucement, nous nous éloignons des tours de la ville portuaire.

Le train avance à un rythme de sénateur. En discutant avec un des employés de la compagnie, j’apprends que sa vitesse de pointe est de cinquantes kilomètres par heure. À cause de la voie très vieille ainsi que du mauvais entretien des rails. D’ailleurs, il tangue davantage que le bateau qui nous amené à Zanzibar, Alex et moi. On s’arrête régulièrement dans des hameaux décrépis. J’apprends leurs noms en dépassant les vieux bâtiments coloniaux qui servent de gares. La première nuit est calme, malgré les secousses.

Johnatan me réveille au petit matin, car nous arrivons à Dodoma. Une capitale aux airs de villages. Tout est à taille humaine et parait accueillant. Sur le chemin du prochain aiguillage qui fonctionne encore, nous traversons la savane. Ce paysage contraste avec la côte, et l’air y est bien plus frais. Je respire enfin, après la fournaise. Dans un des hameaux, le train reste plus longtemps et les habitants semblent au courant, car tous sont aux bords des voies. Ils préparent à manger pour les voyageurs afin de tirer un petit avantage de ce train. D’autres villages vendent du miel, du lait ou ce qui se fait dans les alentours. A Tabora, le train se sépare. Une partie ira jusqu’à Mwanza, sur les rives du lac Victoria. Je reste dans celle qui continue à Kigoma, et le lac Tanganyika. La seconde nuit se passe aussi calmement que la première. Je suis à nouveau réveillé par Johnatan qui me dit de préparer mes affaires, car nous sommes presque arrivés. Mais je reste accroché à la fenêtre du couloir, d’où j’aperçois le lac Tanganyika. J’attendais ce moment depuis plus de sept ans. Lorsque tout le monde est sorti, je prends mes affaires et me met à la recherche de mon hôtel.

Je fais à Kigoma la connaissance de deux Belges, avec qui je passerai mes premières journées. Ils se rendent au Burundi d’où leurs vols retour partira. Lorsqu’ils s’en vont, je commence à préparer la suite de mon voyage.

Mon père m’avait parlé d’un vieux bateau, je dois vérifier s’il est toujours en service. Il est très connu dans la région et j’apprends vite qu’il est encore à flot. Je trouve alors le guichet et j’apprends qu’il partira mercredi de la semaine suivante. Bien que cela implique pour moi de séjourner longtemps dans les envions, j’avoue ne pas être déçu car je me sens bien ici.

Aujourd’hui, j’ai décidé d’aller visiter le musée du Dr.Livingstone que j’avais vu sur ma carte. Mon père m’avait dit que cet endroit valait le détour. Je prends alors une moto, jusqu’à Ujiji. Je marche ensuite jusqu’au fameux musée, pour être accueilli par un vieil homme, et la suite se passe exactement comme mon père l’avait écrit il y a dix-sept ans. (Article à la fin de la page).

Govola est toujours le gardien et guide du lieu. Il fait toujours assoir ces visiteurs sur les trois mêmes bancs en pierre, sous les manguiers, issus des boutures de ceux qui ont vu Stanley retrouver le missionnaire. Les statues de papier maché tendent toujours leurs chapeaux aux quelques visiteurs qui viennent leur rendre visite. Les tableaux sur les murs ont toutefois été agrémentés des quelques informations concernant la traite des esclaves en partance de ce village et les objets de la culture traditionnelle de la région.

Lorsque je sors du musée, je me dirige vers la plage. L’horizon est si interminable si bien qu’on ne peut pas apercevoir la rive opposée. Quelques pêcheurs viennent à ma rencontre. On échange avec les peu de mots que chacun connait, entrecoupés de grands éclats de rire. Lorsque je retourne vers la route principale, l’idée que mon père soit passé sur les mêmes chemins pavés il y a quelques années à quelque chose d’irréel. Entre une mosquée et une église, je me rends compte que j’ai fait le même trajet que Stanley, lors de sa quête pour trouver l’illustre explorateur et le trajet inverse de centaines d’hommes qui ont été déportés pour être vendus. Mais surtout, je remonte le chemin qu’à fait mon père il y a 17 ans. S’il ne m’avait pas ouvert le chemin, je ne serais assurément pas ou je suis maintenant. C’est cette aventure qui a surement été un élément essentielle de notre première venue familiale en Afrique, et indubitablement celle de ce voyage. En attendant de pouvoir monter dans le plus vieux ferry encore actif au monde, la région a encore beaucoup de rêves d’enfant à me faire découvrir.

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Voici l’article de mon père concernant le musée et Govola, le gardien. Je ne sais pas si j’ai le droit de le mettre ici mais je le fais.
Dix-sept ans plus tard