Galerie Congo 1 – L’île de la paix

Un des premiers ballons amené par Maman et Un Seul But, il y a 4 ans
Le lieu de notre réunion, dans une école très amochée par un tremblement de terre
Comme on peut le lire sur mon visage, j’étais tout à fait à l’aise
« Pas-mal » et son vaisseau
Les gens du villages sont venus nous donner un coup de main, en portant des cartons de 40 kg sur la tête
Le laboratoire du dispensaire, je vous laisse imaginer le reste
Je voulais mettre une vidéo, mais la technologie tanzanienne refuse… Bref, notre animation à Kasihe
Maman et le directeur du dispensaire
Les rives magiques de l’île
La vue pendant la baignade
À bientôt tout le monde !
Le soleil se lève et les pêcheurs rentrent d’une longue nuit
Bukavu, les pieds dans l’eau et à flanc de montagne
Bonus : 

Transporc sur la place de l’indépendance, le plus grand rond-point de la ville
Une carte très intéressante pour comprendre l’évangélisation du continent, concernant les zones de mission des Pères Blancs dans l’Afrique des Grands Lacs
Et pour les curieux qui voudraient savoir l’arbuste dans lequel pousse les ananas

L’île de la paix

L’île de la paix

Petit repère chronologique : Ma seule deadline pour la première partie de mon voyage était d’être au Congo avant janvier. Avec maman, on avait fait en sorte de faire coïncider nos passages dans la région. Elle est arrivée à peu près une semaine après moi, le mardi 3 janvier avec notre ami Paul. L’attendre à la frontière était sincèrement surréaliste. Nos amis proches sont allés les chercher au Rwanda, et lorsqu’ils ont passé la frontière c’était une sorte de soulagement. Après un peu plus de trois mois de voyage, j’ai pu étreindre ma mère. Le moment était si émouvant que même les employés de la douane, pas toujours commodes, se sont occupés des dernières tracasseries administratives. Pour que l’on puisse profiter de ce moment. Paul a immortalisé ce moment, inoubliable. On a passé la soirée à discuter comme on aurait pu le faire dans le salon de notre maison, alors qu’on se trouvait à Burhiba. Une soirée de retrouvaille avant d’entamer le programme de ministre, ou plutôt d’ambassadrice, comme les gens l’appellent ici.

 

—————–

 

L’expédition était prévue de longue date. Maman et Paul l’organisent depuis longtemps, que ce soit pour trouver où loger ou pour organiser les diverses activités du séjour. La veille du départ, Paul nous annonce que le départ n’est prévu qu’en début d’après-midi, ayant des obligations à remplir dans la matinée. La ponctualité africaine a encore raison de notre planning ; il nous téléphone à midi pour nous dire de partir comme prévu avec le chauffeur, mais sans lui. Le rendez-vous avec son archevêque a duré plus longtemps que prévu et il doit encore consacrer du temps à ses frères et sœurs. Avec maman, on sait que le voyage sera difficile, sans prêtre ou personne de renommée dans le véhicule.

Ici tout fonctionne au pouvoir. Sur la route, qui se transforme rapidement en piste après l’aéroport, nous serons arrêtés cinq fois. Des flics véreux, qui ne sont pas assez payés pour faire vivre leur famille, n’hésite pas à prendre notre 4×4 rempli de matériel pour cible. En plus, deux blancs et un jeune chauffeur ne pèsent pas lourd dans les négociations. On nous accuse de tout : transport de biens à but commercial sans licence ou autorisation principalement. Il faut toutefois savoir que cette licence est difficile à obtenir, n’existant tout bonnement pas. Eli, notre jeune chauffeur, se démène pour qu’on nous laisse partir, négocie les bakchichs et s’excuse platement devant nous. Mais ce n’est en rien sa faute et nous le remercions pour tout ce qu’il fait pour nous. En plus, les villages où nous nous sommes arrêtés n’ont pas l’habitude de voir des blancs. Les gens mendient aux fenêtres, les pauvres handicapés, parfois amputés d’un ou plusieurs membres, sont utilisés pour attiser notre pitié. Parfois ils viennent juste contempler notre pâleur, par curiosité, comme si nous étions des animaux de zoo, en cage dans leur 4X4.

Mais lorsque nous roulons, tout est agréable. Maman connait beaucoup d’endroits et de gens, si bien qu’avec Eli, ils me font une visite express de la région. On arrive finalement à Katana, puis on part à la recherche du petit séminaire de Mugeri, où nous logerons. Arrivés dans l’école des futurs prêtres, nous sommes accueillis par plusieurs amis de maman, les prélats Delphin, Crispin et le frère Claude, ainsi que par la plus belle végétation que j’ai vu dans la région. Nous déchargeons la voiture et commençons alors à organiser la journée de demain. Après une petite promenade jusqu’au terrain de foot du village, nous rentrons nous reposer au séminaire, en philosophant avec Crispin. Cet homme est très calme, on peut lire sur son visage qu’il réfléchit énormément. Il a longtemps été directeur du Grand séminaire, mais comme les prêtres sont complétement subordonnés à la hiérarchie ecclésiastique, son chef l’a muté à un autre poste du jour au lendemain. Aujourd’hui, il se prépare pour partir à Rome continuer ses études. Nous le croisons ici dans une longue retraite, afin de faire un point quant aux dernières années écoulées. L’endroit est très propice à la réflexion : c’est un petit paradis, une presqu’ile tombante dans le lac Kivu. Les bâtiments y sont entourés par la forêt, les arbres fruitiers et l’eau claire du lac. Malgré la présence de centaines d’élèves en durant les périodes scolaires, le lieu doit toujours être aussi agréable. Paul arrive dans la soirée et s’esclaffe en se remémorant le bon vieux temps avec ces collègues. Le repas est presque entièrement issu des cultures qui bordent ce lieu magnifique et apaisant.

Au réveil, nous partons à Mwanda pour notre animation du jour. Bien que de nombreuses personnes nous réclament des biens ou de l’argent, nous passons un bon moment. Le charisme et la renommée de Paul sont des outils particulièrement pratiques pour éloigner les quémandeurs. Maman organise avec nos collaborateurs un échauffement en musique, puis nous les initions au frisbee, activité qui fait son effet. Faisant appel à mes souvenirs, j’ai également préparé un entrainement spécial pour donner aux jeunes d’ici quelques techniques pour garder un but de foot. Je crois qu’ils étaient aussi contents que moi, bien que je sois reparti avec des muscles douloureux. Nous avions ensuite prévu une réunion avec les coachs partenaires, car plusieurs problèmes se sont posés avec le matériel envoyé ici. Effectivement, un des anciens entraineurs de la région a disparu dans la nature avec tout le matériel que nous lui avions envoyé. Il est certain que dans les personnes présentes à la réunion, plusieurs devaient probablement avoir des choses à se reprocher. Mais nous savons en qui nous pouvons avoir confiance et ils seront chargés de gérer la suite des affaires. Nous partons ensuite manger à la paroisse, avec certains de nos amis. L’après-midi est plus tranquille. Nous rencontrons des sœurs, dont certaines sont malades et sollicitent les mains magiques de ma mère. Ses talents pour soigner les plaies sont très connus dans la région. C’est vrai qu’elle a fait quelques miracles. Lorsque nous repartons, je demande à Paul si je peux tenter de prendre le volant de notre 4×4. Il accepte et j’accède alors à un double baptême : le volant est à droite et la piste qui sert de route n’a rien à envier à un parcours de cross. Mais je ne m’en sors pas trop mal et y prends beaucoup de plaisir, sur la route de Katana. Avant de rentrer, nous allons visiter des endroits chargés de souvenirs pour maman et pour Paul. Il a travaillé deux ans dans cette paroisse et maman y a lancé les premiers projets « d’Un Seul But ». La soirée est faite de rencontres avec d’autres amis de Paul jusqu’à ce qu’un des prêtres sorte sa guitare. Une bénédiction, ça fait deux mois que je n’ai pas pu en jouer !

Au réveil, nous sommes prêts à repartir, mais cette fois le voyage sera plus tranquille. Pas de trous, pas de police, nous partons en bateau.  Le propriétaire de cette grande pirogue est un ami de Paul qui répond au nom de « Pas-mal ». Nous chargeons donc tout notre matériel sur l’embarcation, sur laquelle un parasol a été installée pour notre venue. Le trajet jusqu’au village qui a vu grandir Paul se fait dans le plus grand calme. On file sur l’eau en agitant la main en guise d’au revoir à nos hôtes. La vue est à couper le souffle. Derrière nous, on voit l’énorme montagne volcanique du Kahuzi-Biega. C’est ici que se trouvent les derniers gorilles du Congo. Les pentes du volcan plongent à pic dans cet énorme lac de montagne, dont l’eau culmine à plus de 1400 mètres d’altitude. En glissant entre les îlots, nous nous dirigeons vers la plus grande île lacustre d’Afrique : Idjwi. Selon ses habitants, il s’agirait du seul endroit n’ayant jamais, n’a jamais connu la guerre. L’île de la paix dans une région qui saigne encore. De plus aucune mine ne s’y trouve, alors qu’elles pullulent sur les terres alentours permettant à de grandes entreprises occidentales d’exploiter les immenses ressources du sol congolais. Mon regard se perd vers le Nord, en direction de Goma, dans un infini bleu fait de ciel et d’eau. Ce voyage est magnifique, rythmé par le chant des pêcheurs au loin.

Nous débarquons à Kasihe, attendu par le frère de Paul et une multitude de cousins. Tous sont là pour nous aider à transporter le matériel. Nous dormons chez la cheffe du village : Masera, la mère de Paul. Elle connait déjà maman si bien que nous sommes accueillis comme des ambassadeurs. Mais notre temps est compté, on nous attend au dispensaire et au centre du village. A peine le temps d’avaler un ananas et nous partons commencer notre travail. Sur le chemin, le cortège qui nous suit grandi au fur et à mesure que nous avançons. Les enfants sont comme hypnotisés par les ballons colorés que nous portons avec nous. Tout le personnel du dispensaire nous attend. J’ai rarement vu un endroit aussi vétuste. Sept chambres forment l’ensemble du complexe dans lesquelles se trouvent huit lits au total. Le besoin en matériel et en médicament est énorme. La maternité est pourvue d’un lit d’obstétrique, auquel il manque un repose pied. La salle dispose aussi d’une balance. Dans la pièce où se reposent les jeunes mamans, il y a souvent de malades dans les lits voisins, ce qui représente un grand risque pour la santé fragile des nouveaux-nés. Paul connait bien l’endroit pour y avoir passé presque une année alité à cause d’une grave maladie. Ce que nous apportons est modeste, mais accueilli avec un énorme soulagement. Quelques blouses de soignant, de la literie, des linges. Mais je pense que l’espoir et le soutien moral touche aussi beaucoup de personnel : non, on ne les oublie pas. C’est eux qui se démènent pour sauver une population démunie face à de graves problèmes sanitaires. La rencontre est forte, les remerciements sincères.

Nous enchainons avec quelques animations, qui attirent tout le village sur la petite place devant l’école. Quelques jeux inconnus, quelques courses et tout le monde est heureux. Nous rencontrons aussi le directeur de l’école et quelques responsables d’équipes de foot, à qui nous donnons un peu de matériel sportif. Le directeur de l’école recevra aussi quelques livres, pour alimenter sa bibliothèque presque vide. C’est le frère de Paul qui s’assurera, dans un premier temps, du suivi de la distribution et vérifiera la bonne foi de nos partenaires. Après toutes ces activités, nous retournons chez Masera, où nous attend un magnifique festin. Je raffole des sambazas, de petits poissons frit que l’on mange en entier. En français, on les appelle des frétins. Ils sont pêchés la nuit, par une grande équipe de pêcheurs qui attachent trois bateaux ensemble, reliés par de longues tiges de bois. La proue et la poupe de ces pirogues sont prolongées par d’autres tiges, où sont accrochées des lanternes qui attirent les poissons dans l’obscurité. Paul m’explique tout cela après le repas, sur le chemin des rives où nous allons nous baigner avant la tombée de la nuit. La soirée se passe autour d’une bière et d’un dindon fumant. Nous discutons avec nos hôtes qui nous remercient encore pour notre présence. Maman dort dans la chambre de la matrone Masera, ce qui est le plus grand signe de respect. Quant à moi, Paul a voulu me laisser sa propre chambre, pour me remercier des fois où je lui ai cédé mon lit, lors de ses visites à Neuchâtel. Cet accueil fait vraiment chaud au cœur. Nous nous endormons bercés par le chant des pêcheurs.

Le lendemain est une journée de repos, un vrai dimanche. On dort le matin, puis on joue avec les enfants. C’est très émouvant de voir Paul entouré de sa famille et surtout avec sa mère. Il ne l’a pas vue depuis deux ans, ses études et son maigre salaire l’ayant bloqué longtemps en France. Le plus petit garçon de la famille est un petit ange, qui après avoir longtemps touché nos peaux de musungu, a tout fait pour attirer notre attention ou avoir des câlins. Tous les membres de la fratrie sont adorables et la journée est aussi réparatrice qu’agréable. En début d’après-midi, un énorme orage secoue notre petite île paradisiaque. Les routes sont inondées et impraticables si bien qu’il nous était impossible de rejoindre comme prévu notre prochaine destination en moto. Paul fait alors un téléphone et nous annonce que ces amis pêcheurs nous y déposerons en pirogue, une fois l’orage passé. Avant de partir, j’observe une fois de plus la bibliothèque de mon ami. Entre les livres religieux et ceux relatifs au Valais, je tombe sur un petit ouvrage intriguant. Un polar qui se passe au Cap, nommé « Zulu ». Avec comme seule lecture le Coran de mon ami Muhammad, je demande à Paul si je peux le lui emprunter, histoire de changer un peu. Il accepte en soulignant qu’il se passe qu’il se déroule dans la ville ou s’achèvera mon voyage.

Les pêcheurs nous attendent au pied de la colline qui se jette directement dans l’eau du lac. Cette fois, pas de moteur mais des pagayes. Une partie de la famille nous accompagne. J’espère sincèrement revoir ceux qui ne feront malheureusement pas partie du voyage. Nous partons alors, en agitant nos mains, direction Kashofu.

Le chant des pêcheurs est magnifique et Paul s’occupe de la traduction. Je n’ai pu m’empêcher d’enregistrer ce rythme étrange, frappé par la rencontre du bois et de l’eau. En chemin, nous sommes rattrapés par une grande pirogue surpeuplée. Certains passagers reconnaissent Paul. Ils lui expliquent alors que se sont deux équipes de foot, qui reviennent d’un match plus loin sur l’île. Le tam-tam africain fonctionnant plutôt bien, ils sont au courant de notre action de la veille à Kasihe. Ils nous proposent alors d’embarquer avec eux, car nous avons le même cap. En sautant d’une barque à l’autre, Paul reconnait certains de ces amis. Il y a des personnes de confiance parmi eux, et nous chargerons le frère de Paul de leur donner un des ballons qu’il a en réserve. Pour cette décision, nous sommes acclamés comme des héros jusqu’à ce que nous touchions terre.

Le chemin pentu escalade une colline, que la pluie a rendu glissante. Nous arrivons à destination et Paul, au fil de nos pas, nous raconte ces lieux à la lumière de ses souvenirs. C’est ici qu’il a étudié, dans la plus grande école de l’île, avec Christine qui m’a accueilli en Ouganda. C’est ici également qu’il a fait toutes les bêtises propres aux écoliers. La paroisse se trouve juste à côté des bâtiments scolaires, à côté de la grande Eglise. Nous sommes accueillis par ses amis et collègues. Après nous avoir montré nos chambres, nous nous dirigeons rapidement vers le terrain de sport qu’ils sont en train de construire, car la nuit menace. Certaines des prochains projets « d’Un Seul But » auront lieu ici, car cette île est assez démunie matériellement. Une fois rentrés, nous mangeons en écoutant les histoires de Grand Séminaire de ces prêtres ayant commencé ensemble leur vocation. Cette école à l’air d’être très amusante, malgré l’aspect strict qu’elle peut inspirer. Je discute ensuite longuement avec un prêtre ayant récemment publié un livre dans le but de dénoncer les atrocités ayant eu lieu dans la région. Nous nous promettons de garder contact. En allant me coucher, je commence aussi le livre que j’ai piqué à Paul, qui démarre en trombe.

À cinq heure, le réveil sonne. Nous partons à pied pour le port. Un vieux bateau rouillé nous attend là, avec à son bord une horde de petits paysans se rendant à Bukavu pour écouler leur production. Le bateau, plein à craquer, quitte le port en longeant un village de pygmées, entre deux épaves dont la carcasse d’acier ressort par endroit des flots. J’aperçois un petit mouvement sur l’une d’elles, ce qui donne l’impression étrange qu’elles sont habitées. Nous sortons alors de la baie, et prenons le cap pour Bukavu. Autour de nous, les pêcheurs de sambazas sortent leurs filets, tandis que le soleil vient éteindre leurs apâts. Nous filons contre le vent, le drapeau bleu du pays flotte à la proue, comme pour nous rappeler que nous quittons le paradis pour nous rendre dans la jungle de la ville.
PS: je vous prépare rapidement une petite galerie pour tout ca promis ! 

La sainte coloc’ 

La sainte coloc’ 

Mon quartier général congolais se trouve un peu à l’extérieur de la ville de Bukavu. Je réside dans la paroisse de Burhiba, avec les quatre prêtres responsables de cette subdivision. Jamais je ne pensais que la vie paroissiale avait autant de points communs avec une colocation d’étudiants fauchés. Les occupations sont presque les mêmes : chacun vaque à ses occupations et se retrouve le soir pour partager un repas. A la tombée de la nuit, les ragots de l’institution et de la communauté se partagent autour d’une bière ou deux. On regarde les infos en spéculant sur les prochains évènements politiques du pays. Des vannes pas toujours sympathiques s’échangent, rien que pour faire mousser. D’ailleurs, je pensais que les blagues sur les mamans étaient une particularité propre à mes potes. Que nenni. Il y a juste la forme qui change.

Je m’intègre vraiment bien dans cette ambiance sympa et détendue. Tous les soirs, lorsque je suis là, je retrouve le curé pour refaire le monde sur une chaise en plastique, flanquée d’un grand « Grace of God » sur le dossier. On se partage des bières. J’apprends aussi beaucoup avec l’aumônier de la police. Je discute musique avec le responsable de la pastorale des jeunes. Bref, je découvre que ces prélats sont avant tout des hommes. En plus ils sont bons vivants et leurs années d’études en philo leur a maintenu l’esprit alerte et vif. Entre les rires gras et les blagues, nous avons des discussions très sérieuses et intéressante. Il ne faut pas oublier qu’ici, tous les manquements de l’Etat sont comblés au mieux par l’Eglise. Ces hommes deviennent alors des piliers de la société et de grandes sources d’informations pour moi.

La seule vraie différence avec une coloc’, c’est la présence d’un cuisinier, d’un lavandier et d’un homme de ménage. Je pense que cette différence est significative : c’est la seule qui permet de distinguer le terme paroisse de celui de colocation.

La vue depuis le balcon, sur le lac Kivu et l’enclos des chèvres. C’est à cet endroit que doit normalement se faire la communication sur téléphone. (Nom de code pour dire boire des bières).

Le regard vide, le ventre creux

Le regard vide, le ventre creux

La première enquête d’Albert Londres, ayant fait scandale en France et plus largement dans le monde occidental, traitait du « Bagne de Cayenne ». Lorsque que je l’ai feuilleté, j’étais en partie convaincu que des atrocités pareilles ne pouvaient pas avoir lieu, cent ans plus tard. Un autre papier de ce célèbre reporter révélait les atrocités commises par les belges dans leurs colonies. C’est le fameux scandale des « mains coupés ». A nouveau, la barbarie dont faisait preuve certains coloniaux me paraissait être de l’histoire ancienne. Mais aujourd’hui, je sors de la prison de Kabare et tous mes idéaux se sont envolés. Ce bagne se situe à deux pas de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu. Posé au sommet d’une montagne à l’entrée de la chefferie de Kabare, l’enceinte fait penser à une forteresse de brique rouge, laissée à l’abandon. Seuls les panneaux de l’entrée, annonçant de potentiels travaux, donnent l’illusion que quelqu’un se soucie encore de cet endroit.

Je m’y suis rendu aujourd’hui avec mon ami Adrien, qui est l’aumônier des prisons de la région. Il vient célébrer une messe pour les prisonniers à l’occasion du nouvel an. En effet, il a la lourde tâche de souhaiter une bonne année aux détenus. Pour toutefois adoucir ce moment difficile, Adrien et l’équipe de l’aumônerie a toutefois prévu un petit présent à distribuer à chacun des prisonniers. J’étais déjà venu dans cet endroit il y a quelques jours. Les prisonniers paient le prix fort de la gestion inexistante du pays, l’indifférence et de la corruption des pouvoirs publics. Lors de ma première visite, j’avais appris qu’aucun d’eux n’avaient mangé depuis plusieurs jours déjà. Mais Adrien, en apprenant la nouvelle, a couru acheter des haricots pour ces pauvres hommes qui purent enfin se restaurer, pour la première fois depuis 5 jours. Depuis ce repas frugal, datant de la semaine dernière, rien ne leur a été donné, si bien que pour se rendre à l’office, beaucoup ont à peine la force de se déplacer. L’endroit en lui-même est plus qu’insalubre : les 242 détenus se partagent une cour principale et trois dortoirs. La plupart n’ont pas de lit et dorment par terre, entassés les uns sur les autres. La cour sert accessoirement de terrain de football, lorsque les détenus ont la force de jouer. Ma mère et Adrien essayent par ce biais, de rendre leur souffrance un peu moins invivable. Un dortoir a aussi été fermé à cause d’une tentative d’évasion où les hommes, morts de faim, ont tenté d’enlever les briques du mur à coup d’ongles. Ils y sont presque parvenus. Il ne restait qu’une brique.

Pendant la messe, la plupart d’entre eux sont assis par terre, leurs pieds nus dans la poussière. Malgré la chorale qui donne de la voix, tente de réchauffer l’atmosphère, ces hommes regardent dans le vide. Certains n’ont même pas la force de se lever. Adrien leur offre une messe pleine de messages d’espoir, mais il est difficile de savoir si ces paroles parviennent jusqu’aux oreilles de l’audience. Après quelques minutes, un homme s’effondre. Sans s’affoler, ses voisins lui empoignent les mains et les jambes et l’emmène dans la pièce qui sert d’infirmerie. Il recevra un peu d’eau et quelques biscuits, juste de quoi le réveiller. Il sera bientôt rejoint par un autre jeune homme, s’étant lui aussi effondré durant la messe. Mais lui n’a pas la chance d’avoir un lit, il restera sur les graviers devant l’infirmerie. Lorsqu’Adrien a terminé, nous leur offrons les cadeaux. Les petits sacs contiennent du savon, du sel, du sucre et du soja. Malgré quelques visages qui esquissent un sourire, la plupart continuent à venir demander davantage. Je comprends réellement ce que l’expression « mourir de faim » signifie depuis ce moment-là. Le dernier cadeau est un sac de chou, que tous les détenus devront se partager. Il n’y en a toutefois pas suffisamment pour que chacun puisse en recevoir un. La distribution se fera à la lancée, celui qui attrapera un chou sera alors aussi heureux qu’en danger. Ici, c’est la loi du plus fort. Nous réservons toutefois deux choux pour la seule femme détenue dans ce bagne. Avec ses deux jumelles de trois ans. Ces enfants sont nés en prison et n’ont jamais vécu en dehors de ces murs de pierre. Le tribunal n’ayant trouvé personne pour les garder, elles ne connaitront jamais la liberté et l’insouciance de l’enfance mais la faim, la promiscuité et l’enfermement.

Ces gens ne sont sûrement pas des anges. Mais à défaut d’être des anges, ils restent des êtres-humains. Personne ne devrait vivre dans ces conditions. Une somme d’argent a surement dû être alloué par les pouvoirs publics à la gestion des prisons, mais elle a été détournée avant d’arriver jusqu’ici. Déjà que la vie en dehors de l’enceinte est particulièrement difficile, ici elle semble impossible. Même des enfants vivent dans cet enfer. Les seules personnes qui se battent et qui réussissent à faire survivre ces pauvres bagnards sont les membres du clergé. Sœurs, Abbés, ou simples membres de la communauté religieuse essaient de faire respecter les droits humains, de nourrir et de rendre un peu de dignité à ses pauvres oubliés. L’Etat profite, l’Eglise se débat, comme c’est le cas pour beaucoup de choses dans ce pays. Même les applaudissements et les sourires, lorsque Adrien m’a présenté comme celui qui leur amenait les ballons, le fils de Da Véro, ne me consoleront pas de la souffrance qui régnait dans cette prison et que j’ai ressenti si vivement. On m’avait prévenu que cette prison était une des plus dures du pays. Bientôt j’irai visiter la prison centrale de Bukavu, que l’on m’a décrite comme plus clémente. J’irai bientôt voir par moi-même ce que cela veut dire ici.

 

img_0925
Une des deux petites filles, qui n’a jamais connu la liberté

 

L’arrivée en terre promise 

Pour mon départ, Evode m’emmène à la station de bus et m’aide à prendre mon billet. Je le remercie encore pour tout ce que lui et sa famille ont fait pour moi ces derniers temps. Mon bus quitte Kigali à huit heure pour Cyangugu, la ville qui borde la frontière entre le Congo et le Rwanda. Du côté congolais, c’est Bukavu, sur les rives du lac Kivu. Le trajet est agréable, jusqu’à la route de montagne qui traverse le parc national de Nyungwe. Trop secoués par la conduite énergique du chauffeur, cinq passagers rendent leur petit-déjeuner par la fenêtre. Pour ma part, je discute avec ma voisine, qui vient de Goma, de l’autre côté du lac, la capitale du Nord-Kivu au Congo. Elle vient voir sa famille réfugiée ici durant les multiples guerres qui ont ravagées les régions de l’est du Congo. Nous arrivons à destination en début d’après-midi. Je me rends ensuite à la frontière en moto. À la sortie du Rwanda, un petit monsieur dont le visage m’est familier vient à ma rencontre :

– « Bonjour ! Est-ce que vous êtes Bibu ? » me demande-t-il. Un peu déconcerté je lui réponds :

– « Non, je suis Thibaud. Mais si cela peut vous aider, je suis le fils de « Da Véro ». Au moment où je prononce la version congolaise du prénom de ma maman, son visage s’illumine :

– « Haaa ! Karibu ! Je suis Dechi, c’est père Adrien qui m’envoie vous chercher ! »

Il me semblait que ce visage m’était familier, et à raison. Cet homme, je l’ai vu sur beaucoup de photos. C’est un ami de ma mère et un des chauffeurs qui travaille avec mon ami de longue date, Adrien. Nous commençons à discuter en attendant que j’effectue ma sortie du territoire rwandais. Je remarque alors que la dame devant moi me fixe avec insistance depuis quelques instants. Elle finit par me demander si je ne suis pas « Jésus ». Prenant cette intervention pour de la plaisanterie, je détache mes cheveux pour l’amuser encore plus. Loin de la faire rire, ce geste ne fit que confirmer ses soupçons si bien qu’elle dit à mon ami en swahili :

– « C’est vraiment Jésus, je dois prendre une photo pour montrer aux gens de mon Eglise que j’ai vu Jésus Christ. Je ne peux pas rester devant lui, je dois lui céder ma place, je ne peux pas passer avant Jésus. »

Mon ami me traduit ces paroles, plié en deux par cette intervention. Alors je me laisse prendre en photo, et je tente de refuser la place de cette vieille dame. Mais en vain, elle me pousse devant elle. Tout cela sous le regard amusé des témoins de cette scène plutôt coquasse. Une fois mes obligations administratives remplies, Dechi et moi partons pour le poste frontière du Congo. Avant même de pénétrer dans le bâtiment, l’atmosphère de désorganisation du pays commence déjà à se faire sentir. L’employé de la frontière semble suspicieux ma venue Congo, surtout en cette période de troubles politiques. Mais lorsque Dechi lui annonce que je viens voir le père Adrien, mon passeport m’est rendu en quelques secondes. Ici, il est nécessaire d’être bien accompagné. On embarque alors dans son énorme 4×4 s’engageant sur la route défoncée menant à Bukavu.

Premier arrêt et première rencontre. Nous sommes chez Sœur Pilar, une autre amie à ma mère. Elle souligne ma ressemblance avec ma mère, mais surtout avec ma sœur, qu’elle a pu rencontrer l’année précédente. Autour d’un jus d’ananas, cette religieuse, dont l’accent et la peau sont les seules traces de ses origines espagnoles, me demande comment se passe mon voyage. Elle est très impressionnée par mon projet que je lui détaille rapidement. Je lui raconte les grandes lignes et elle semble passionnée. Mais nous sommes pressés par le temps, nous repartons rapidement. Nous devons porter une lettre à Adrien. Je le retrouve à l’endroit où les containers envoyés par « Un Seul But » sont déchargé. Les retrouvailles sont toujours un moment fort. En plus, la dernière fois que je l’ai vu c’était cet été, lorsqu’il est venu passer quelques jours à la maison. Nous rions tellement nous sommes heureux de nous revoir. Je rencontre aussi le fameux Birindwa, gardien des containers. Beaucoup d’autres gens viennent me serrer la main, et une poignée connait maman. Je me rends compte que je n’imaginais pas la portée du réseau de connaissance de ma mère. Après quelques minutes, Adrien m’annonce que nous partions pour Burhiba, le lieu qui deviendra notre quartier général à Bukavu. La paroisse est située juste à côté de la brasserie de la ville, qui est la seule entreprise qui a survécue aux multiples conflits ayant déchirés la région de la région. Les congolais ont le sens des priorités.

Dans l’aumônerie qui sera ma maison ici, je fais encore connaissance avec des amis de ma mère l’ambassadrice. Père Sylvestre et père Richard la connaissent bien, père Pierre-Innocent peu et père Louis-Pasteur ne l’a jamais rencontrée, bien qu’ils aient entendu beaucoup de bien quant à ses actions ici. Adrien me laisse alors en bonne compagnie, ces prêtres sont pleins de vie et très drôles. Il me promet aussi de repasser dans la soirée pour organiser un peu ma semaine. Même s’il ne pourra pas tenir sa promesse, mon arrivée ici est déjà plus qu’intéressante. Je rencontre beaucoup de gens qui connaissent, respectent et admirent ma mère pour ce qu’elle fait ici. Pour ceux qui ne connaitraient pas notre association familiale « Un Seul But », je vous promets de vous en dire un peu plus très bientôt.

Mais en attendant, mon arrivée dans cette région dont on m’a si longuement parlé et qui semble si folle, surpasse la mesure de ce que j’attendais. J’ai une semaine pour infiltrer le milieu, ensuite maman sera là et tous les projets de l’asso’ se mettrons en place. Ces prochains jours s’annoncent passionnants ! 

Noël 

Je crois que passer Noël en t-shirt est une idée qui fait sourire beaucoup d’occidentaux. Je dois vous avouer que c’est plutôt agréable. La famille « Evode » d’Entebbe m’a invité à passer les fêtes avec eux dans leur famille au Rwanda. Les retrouvailles sont touchantes, même cela ne fait que deux semaines que nous nous sommes quittés. Toute la fraterie va bien et on est ravi de se retrouver. On discute alors un petit moment dans le salon, avec inévitablement la télévision bruit de fond.

Après un petit moment, Evode me propose de l’accompagner en ville pour y faire quelques courses. J’accepte alors, ravi et intrigué par cette ville qui s’annonce étonnante. Les routes sont parfaites, les rues propres, les panneaux de signalisation existants. Le centre-ville a des airs d’occident, avec de hauts buildings de verres flambants neufs. La circulation est fluide. Beaucoup de détails qui détonnent avec les capitales voisines. La ville est construite sur de nombreuses collines ce qui semble être un endroit très peu pratique pour accueillir une capitale. Mais il faut tout de même avouer que cela apporte un petit charme à la cité. Evode m’explique aussi le plan actuel du gouvernement, qui est de refaire complétement la colline principale du centre-ville. Toutes les anciennes bâtisses, les petites usines coloniales, les entrepôts et les maisons vont être détruites au profit de ce plan de développement du centre urbain. Il m’assure que toutes les personnes ainsi que les entreprises et personnes lésées par ce plan seront indemnisées, sans qu’elles n’aient toutefois eu leur mot à dire lors du processus de décision. Un article de la constitution stipulant que la terre appartient à l’état, il peut donc reprendre n’importe quel territoire si cela le chante. Voilà mon premier contact avec le côté autoritaire du gouvernement rwandais.

A peine revenu à l’hôtel, nous nous préparons pour aller rejoindre la famille de Christine. Une fête a lieu aujourd’hui. Je pensais que ce serait un réveillon de Noël, mais j’ai été surpris. Une grande partie de la famille est là et je fais connaissance avec une multitude de cousins, d’oncles et de tantes. Je rencontre aussi le père de Christine, un vieil homme qui inspire le respect. Alors que nous dégustons un « sucré » (soda) sur la terrasse, un minibus surpeuplé arrive à l’entrée de la vieille maison familiale. C’est une partie de la belle-famille de Christine, chargés de caisses de sodas et de bières. Chacun se salue d’une accolade avant de pénétrer dans la maison. En ce jour de Noël, ce que nous fêtons est une sorte de cérémonie durant laquelle les petits-enfants sont présentés à leurs grands-parents. La tradition veut que les parents les présentent aux grands-parents pour qu’ils les reconnaissent et les bénissent. Le reste de l’après-midi se passe au rythme de longues tirades en kinirwanda entre les chefs de familles et de prières collectives. J’ai entendu dire récemment que les africains aimaient parler et cet après-midi ne fait que le confirmer. Après le repas, les enfants rencontrent les grands-parents et des cadeaux sont données aux deux familles, comme pour sceller une union entre elles. Cette expérience est très intéressante, mais la barrière de la langue limite ma compréhension, je ne peux que comprendre les grandes lignes. La fête se termine assez tôt, à la tombée de la nuit. Nous retournons alors en ville pour manger un petit quelque chose. De retour à l’hôtel, nous attendons minuit pour se souhaiter un joyeux noël. Puis la fatigue me submerge et je pars me coucher.

Le lendemain matin, nous nous rendons à la seconde messe de Noël de la cathédrale de Kigali. Elle est célébrée en anglais. Cette langue a remplacé le français dans l’administration et l’éducation rwandaise. Peut-être pour se distancier du passé colonial belge, où pour se rapprocher de l’allier américain ? Difficile d’en connaitre réellement la raison. La messe est intéressante, et animée par un cœur de Gospel très énergique. Avant l’office, quelques tambourinaires animaient la place située devant le lieu de culte. L’occasion pour moi de me remémorer quelques rythmes, joués au Burundi avec la troupe qui m’avait accueilli. Après l’office, la famille se sépare et je pars à nouveau avec Evode. On mange dans un petit restaurant de la capitale en discutant de ces expériences au sein d’organisations humanitaires. Il s’était destiné à être prêtre, mais les événements de nonante-quatre ont contrecarré ses plans. Alors qu’il cherchait du travail, il a été engagé dans une organisation d’aide aux réfugiés et a appris son métier de logisticien sur le tas. Il n’a jamais quitté ce domaine, qui l’a mené au Soudan du Sud, au Tchad et même un moment en Somalie. Il a maintenant une très bonne situation financière, qui compense les risques encourus lors de ses missions sur le terrain. Cet argent ne profite pas uniquement à sa femme et ses enfants. Ici, si un membre de la famille demande une aide financière, la coutume veut qu’elle lui soit accordée.

En rentrant à l’hôtel, je profite longtemps du wifi pour appeler ma famille et ma chérie, qui me manquent. Encore plus dans un jour comme celui-ci. Après avoir réussi à parler avec tout le monde, quelques membres de la famille d’Evode et Christine viennent à l’hôtel leur rendre visite. Nous discutons autour d’une traditionnelle brochette de chèvre, avant de se quitter pour aller voir Jean-Claude, le petit frère de Christine, que je connais depuis Entebbe. Une fois avec lui, nous partageons un bon et copieux repas. Je rencontre aussi une petite fille, l’enfant d’une autre famille invitée. Elle est fascinée par ma peau si claire et mes cheveux. Son admiration ne l’empêche toutefois pas de s’énerver, ne comprenant pas ce qu’elle essayait de me dire. Malgré tout, elle ne me lâche pas, si bien que lorsqu’elle et ses parents partent, elle me tire jusqu’à leur voiture pour que je les suive. Mais mon programme ne me permet pas de les suivre ; demain matin je repars déjà, en direction du Congo. Je vais enfin à Bukavu. J’en entends parler depuis longtemps et je me réjouis de voir cette ville de mes propres yeux.

Nous rentrons alors à l’hôtel et c’est le moment des adieux. Je pars très tôt, alors tout le monde me dit au revoir avant le coucher. Cela fait un mois que j’ai rencontré cette famille qui m’a accueilli à bras ouverts uniquement car j’étais l’ami d’un ami. Je ne les remercierai jamais assez. Mais on se promet de se revoir, qu’importe où et quand. Après ce Noël très particulier, sans cadeau ni neige, je me prépare à aller voir de mes propres yeux le Congo. Je pourrais enfin mettre des visages et des images sur tous les noms dont me parle ma mère depuis son premier voyage ici. D’ailleurs, elle arrive à Bukavu la semaine prochaine. J’ai vraiment hâte de la voir, comme j’ai hâte de revenir à Kigali dans trois semaines. Ce sera pour accueillir ma chérie. Bref, à bientôt Kigali.
PS: 

Vu que l’action se passe à Noël, voilà un petit cadeau en lien avec un passage! Soyez indulgent, c’était il y a presque 10 ans…

Retour au point de départ 

Après l’obtention laborieuse de mon visa pour le Congo, je peux me remettre en route. C’est même une obligation si je veux tenir les délais que je me suis fixés. Je laisse alors Entebbe et l’Ouganda derrière moi. Je remercie les personnes qui se sont occupées de moi cette dernière semaine, après que le reste de la famille soit partie pour Kigali. Shafiq et Jacques ont été une très bonne compagnie, et rester en petit comité m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. En effet j’ai pris un peu de temps pour sortir de la maison, visiter les rives du lac Victoria et l’endroit magnifique qu’est Entebbe. J’ai aussi appris à me débrouiller plus par moi-même, durant mes multiples voyages à Kampala, la capitale du pays. Les bus entre ces deux villes n’ont plus de secrets pour moi.

Les cars de jour pour le Rwanda étant complets en ces jours de fêtes, je réserve une place dans un bus de nuit. Je partirai donc le 23 décembre à vingt heure, sur le siège numéro 52. Lorsque j’arrive accompagné de mon ami Jean-Claude, je monte dans le bus à la recherche de ma place. Le seul problème est que le bus n’en comporte que 50… Je m’approche donc d’un employé de la compagnie de bus pour lui exposer mon problème ; par chance, il reste un siège sur lequel je pourrai voyager. Je suis prêt à passer cette longue nuit de somnolence. Le passage de la frontière se fait à quatre heure du matin, dans la brume glaciale des montagnes du Rwanda. Le poste frontière de Katuna est situé à près de deux-milles mètres d’altitude, tout près de fameux volcans et des derniers gorilles. Par chance, j’ai pris une chemise et un coupe-vent, qui m’éviteront l’hypothermie. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression d’être en hiver.

Je fais aussi connaissance avec le strict Rwanda. Tous les bus sont vidés, les sacs ouverts afin de vérifier ce que les passagers transportent. A six heure trente, nous reprenons la route. Le soleil se lève au moment où nous commençons à nous faufiler entre les collines. Lorsque le soleil commence à poindre et éclaire les collines rwandaises, la nostalgie m’envahie peu à peu. J’ai l’impression d’être envoyé sept ans en arrière, lors de ma seconde visite au Burundi. Les paysages sont si proches, les maisons, les rizières et les plantations de thés sont presque semblables. Je suis dans le pays frère de celui qui m’a fait aimer l’Afrique, pour la première fois. Alors que je somnole après cette longue nuit, je me perds entre mes souvenirs et mes attentes pour cette nouvelle étape.

On rejoint Kigali à huit heure, après treize heures de voyage. Par chance, mon ami Evode m’attend à la station de bus. De retour du Sud-Soudan, ou il travaille, il reste quelques temps dans son pays d’origine pour passer du temps en famille. Il m’amène à l’hôtel où ils ont pris leurs quartiers. Je suis étonné de voir que tous les motards portent un casque, mais aussi qu’ils en ont tous un second à donner à leur passager. Evode m’expliquera que le gouvernement rwandais a réussi à imposer cette règle sur l’ensemble du pays. La moto est un des moyens de transport urbain les plus courant dans cette partie du monde. Après ce que j’ai vu au Kenya et en Ouganda, le respect de cette obligation me paraît une vraie prouesse. De plus, les rues sont propres, il n’y a presque pas de déchets. Cela me parait encore plus improbable que le port du casque. En effet, le gouvernement réprime fortement la mauvaise gestion des déchets. Même les sacs plastiques, qui sont un vrai fléau pour l’environnement, sont interdis sur le territoire. J’en avais deux en arrivant, mais ils m’ont été confisqués à la frontière.

Tout ce qui n’est pas contrôlé par le politique me fait penser au Burundi. Même si je ne suis pas là depuis longtemps, la proximité de ces deux pays est frappante. La culture, la langue, tout est si proche. Même la manière particulière de serrer la main est la même. La main gauche vient toucher le coude du bras droit, tandis que la tête s’incline respectueusement. Amakuru mes amis. Je ne suis jamais senti si proche du Burundi et même si les derniers événements politiques m’en ont fermé les portes, je suis vraiment ému de revenir si près. Presque un retour au point de départ.

Galerie Ouganda 

Galerie Ouganda 

Bonjour tout le monde. 

Je suis désolé si les publications prennent du retard. Surtout que je vous promets toujours la suite pour bientôt. Le problème est que je n’ai rien écrit sur mon séjour en Ouganda, alors que la suite est prête. J’ai pris la décision de continuer à publier, en laissant de côté cette partie du voyage pour le moment. J’ai quand même préparé une petite galerie et on travaille sur les corrections des prochains articles avec Alexandra. Même si notre programme ici est très chargé, on va trouver du temps pour publier la suite. On vient de quitter Moshi, au pied du Kilimanjaro et ce soir on se baignera dans l’océan indien. C’est une magnifique découverte qu’on fera ensemble. 
On vous embrasse et la suite sera la bientôt. Voilà la galerie pour patienter ! 
Thib et Alex

Le Nil Victoria, depuis mon auberge de Jinja

New Taxi Park, Kampala

Les couleurs défraîchies du centre-ville de Kampala

Les rives du lac et un marabout

Les marcheurs entrent dans la nuit

De jeunes bergers autour de la maison de mes amis à Entebbe

Ces jeunes filles étaient allée chercher de l’eau, mais se faire prendre en photo s’est avéré plus amusant

Le marché d’Entebbe danse au rythme des lampes à alcool

Un couché de soleil, brûlant

Bonus:

Dernier après-midi avec mon ami Jacques
Le chef du troupeau des jeunes bergers
Un voisin de siège plutôt original


Je ne pensais pas tomber sur l’historique des confrontations entre Lausanne et Vaduz en feuilletant un journal sportif en Ouganda
Un panneau de bureau de change, pourtant ce drapeau ne m’est pas familier

Et une bonne surprise au supermarché !

Galerie Kenya 2 – Sa Majeste Victoria 

Galerie Kenya 2 – Sa Majeste Victoria 

Dernier repas avec toute la bande
Sa Majestueuse Majesté, un oiseau qui fuit l’orage
Une embarcation de pêcheur
Le port de Dunga
Des petits pêcheurs adroits
L’horizon, à l’infini
Un enfant, pensif le regard perdu vers le sud
Une clairière de Kakamega
Dans un petit arbre
La maison des singes

Bonus :

Je sais pas si vous connaissez ça, mais le chocolat vrai suisse est meilleur
Dodo dans le matatu

Voilà la dernière partie de la galerie du Kenya! Navré encore pour les vidéos qui viennent dans l’article précédent mais il m’est impossible de les télécharger pour le moment. 

Je suis très en retard sur les publications mais le reste ne va pas tarder à arriver. 

À bientôt pour les récits de l’Ouganda ! 

Sa Majesté Victoria 

La bande se sépare donc, en partie. Après l’environnement magique de Naivasha, nous nous rendons vers un autre lac dont nous avons beaucoup entendu parlé : le lac Nakuru. Après un dernier repas avec Jack, nous montons dans un matatu de passage. Il suffit de leur faire signe depuis le bord de la route et il s’arrête pour vous embarquer. On change de transport dans la ville de Naivasha et la négociation du prix échauffe beaucoup les esprits. J’arrive quand même à faire baisser le prix de moitié, pour atteindre le prix pratiqué pour les gens du coin. Les deux heures de route qui suivent sont les plus inconfortables de ma vie, durant le trajet nous serons jusqu’à 23 plus un enfant dans un bus prévu pour transporter seize personnes. C’est ainsi que je me retrouve avec un homme à moitié sur mes genoux et la mère du petit qui dort sur mon épaule. Arrivés sur place, nous rejoignons notre hôtel. On prend quelques instants pour profiter du lit et de la connexion wi-fi. Nous n’avons rien prévu ici si ce n’est de se reposer un peu. Nous nous renseignons tout de même sur les activités qu’offre la région, mais tout est hors de prix. On décide donc, autour d’un tilapia succulent, de continuer la route demain jusqu’à Kisumu et les rives du lac Victoria.
L’expérience du matatu nous a convaincu de prendre un « coach », dans une compagnie de bus classique. Le prix n’est pas beaucoup plus élevé, tout en nous permettant d’avoir un siège individuel, inclinable qui plus est ! Arrivé sur place nous trouvons l’auberge dont on nous avait parlé. On partage notre dortoir avec trois jeunes femmes sympathiques qui nous invitent à les accompagner au restaurant pour le repas du soir. 

Le lendemain nous décidons de faire un peu de lessive, pour le plus grand plaisir des employées féminines de l’auberge. On dirait que le spectacle de trois petits blancs qui lavent leurs affaires est un de plus hilarant qui soit. L’après-midi, nous partons pour les rives du lac, que nous n’avons pas encore aperçu. Un tuk-tuk nous emmène dans un petit bar édènique, depuis lequel on peut apercevoir cette mer intérieur qui porte le nom d’une fameuse reine des temps coloniaux. La vue est incroyable, les oiseaux sont magnifiques. Lorsque nous avons terminé nos verres, je propose à mes amis d’aller se promener un peu plus loin sur la presqu’île de Dunga. J’espérais secrètement tomber sur un village de pêcheurs. J’avais presque juste, nous sommes tombés sur un de ces villages touristiques, bien que les touristes ont l’air de préférer le Masaï Mara à ces rives magiques. Nous avons pu visiter un petit marché aux poissons, voir des barques traditionnelles et observer les pêcheurs qui partent retirer les lignes posées le matin même. Un petit groupe d’enfants d’à peu près dix ans pêchaient depuis un petit débarcadère avec une facilité déconcertante. En discutant avec nous, ils continuaient à sortir des poissons de l’eau. Ils ont aussi beaucoup aimé se prêter aux jeux des photos.
Après avoir fait un petit tour dans cet endroit très intéressant, nous avons suivi la rive jusqu’à notre point de départ en passant par les petits villages alentours. La pauvreté est extrême ici, mais les gens ont l’air heureux. Nous avons reçu beaucoup de sourires et de « Musungu ! Hawayou ?! » de la part des enfants. Cette expression est la version africaine du « How are you », des anciens colons. Les rives sont calmes et belles, lèchées par le flux et le reflux de l’immense lac. Elles sont peuplées par des oiseaux étranges, certains énormes, d’autres minuscules. Mais tous sont magnifiques, de par leurs plumages ou leurs chants.

De retour au point de départ, nous assistons à notre premier couché de soleil sur le lac. Le spectacle est splendide et j’ai essayé de vous le rapporter du mieux que je pouvais, voilà un petit extrait. (Je la met au prochain wifi, navré mais la 3G congolaise refuse catégoriquement le chargement..)

Malheureusement nous avons été surpris par un orage qui nous a contraint de retourner à l’auberge. Ce soir, c’est déjà le départ pour Luke, qui veut rejoindre Mombasa. Le train mythique qu’il veut prendre quitte Nairobi le lendemain, il doit donc y retourner cette nuit. Pendant ce temps, Jonas et moi choisissons de préparer une virée dans la forêt de Kakamega.

Le départ est prévu très tôt, et une des filles de l’auberge décide de nous accompagner. On cherche alors un matatu, puis on doit se rendre à l’entrée en piki-piki, les motos-taxis dont le pays grouille. Cet endroit est une des dernières forêts tropicales intactes du Kenya. Il n’y a pas si longtemps, elle s’étendait jusqu’à la rive de l’océan atlantique, sur des milliers de kilomètres. Mais l’homme blanc, et sa soif de domestication et de ressources est passé par là, changeant les mentalités dans son sillage. Un guide nous accompagne pour une petite randonnée, nous montrant les différentes fleurs, les arbres endémiques et toutes les petites particularités de l’endroit. L’atmosphère y est fraiche, on entend les singes jouer et parler au-dessus de nos têtes. Les végétaux sont aussi étonnants, par leurs tailles, leurs couleurs ou leurs particularités propres. On se croirait dans Tarzan. Une fleur retiendra particulièrement notre attention, car elle réserve une surprise à quiconque qui tente de la cueillir. Voilà un exemple au ralenti : (des que je trouve un wifi je vous la charge promis!)
Ou encore un arbre qui, dans le temps, servait de moyen de communication depuis des centaines d’années. Des endroits comme ceux-là, je vais encore en voir beaucoup sur ma route. Je pense notamment au Congo, terre sur laquelle se trouve les derniers gorilles sauvages. Nous sommes à nouveau surpris par un orage, qui peut rendre l’endroit un peu dangereux si le vent se lève. Le guide nous propose alors d’écourter notre balade, qui était déjà quasiment terminée. Une fois revenus à notre point de départ, un militaire en arme nous aide à appeler des motos pour nous ramener à la route principale. Nous arrivons à Kisumu à la tombée de la nuit, épuisés par cette longue journée. On va manger quelque chose avant de tomber de sommeil dans notre dortoir commun.

Au réveil, j’apprends que je dois quitter l’auberge le soir même, car tout a été réservé depuis longtemps. J’avais prévu de rester une nuit de plus et de partir le lendemain pour l’Ouganda. Mais je profite de suivre Jonas dans le bureau de la station de bus pour réserver un transport de nuit qui me déposera à Jinja. Lui est attiré par la côte et part en direction de Mombasa, avant de rejoindre la Tanzanie. J’espérais aussi pouvoir retourner voir le couché de soleil au bord du lac, mais le temps se couvre toujours plus et au final, cela ne sert à rien de tenter l’affaire. Mais je vais suivre ce lac géant durant ces prochaines semaines, j’aurais sûrement l’occasion de voir encore un de ces spectacles éblouissant. Je reste donc dans l’auberge et me prépare à affronter la pluie jusqu’à la station de bus. Etonnamment il est à l’heure, et demain je me réveillerai en Ouganda.