Simba, Pete’s et Rafiki

Après ma première rencontre avec les deux Peter et une nuit réparatrice, je fais la connaissance de quelques autres pensionnaires de l’auberge. Les premiers sont trois irlandais plutôt sympas, mais pas franchement chaleureux. Ils voyagent en Afrique depuis plusieurs mois, dans un énorme 4×4 suréquipé acheté en Afrique du Sud. Après avoir passé par tous les pays de l’Afrique australe et exploré les trésors de chaque région, ils tentent de vendre leur véhicule avant de s’envoler vers une autre destination qu’ils choisiront en fonction de leurs envies du moment. Au fil de la conversation j’apprends qu’ils ont pas mal d’argent ayant travaillé pour de grosses entreprises pharmaceutiques. En tout cas assez pour accepter de payer soixante francs suisse pour un cocktail, dans un café huppé de Bâle. Ils avaient l’habitude de s’y rendre pour leur travail. A seize heure, Pete se lève enfin, les joues encore rosies par sa cuite de la veille. Il tient alors sa parole et me prend avec lui dans les baraques décrépies attenantes à l’auberge. On y retrouve l’autre Pete à son atelier, ainsi que tous les amis qu’il s’est fait depuis qu’il vit dans cette auberge. Quelques jours avant mon arrivée, il a aidé Suzy, une jeune femme très souriante, à refaire complétement l’intérieur de son petit café. A notre vue, elle nous en sert deux tasses, pour un prix dérisoire. Je rencontre aussi le boss de la ruelle : Simba. Son nom va peut-être vous faire sourire, mais il le porte très bien. Ses yeux sont perçants comme ceux des lions, et sa poigne ferme comme une patte musclée de félin. En fait, Simba veut dire lion en Swahili. Il vit dans un vieux bus rouillé, stationné à quelques pas d’ici. Grace à Peter, Simba considère comme « Rafiki », qui cette fois veut dire mon ami en Kiswahili. Cette amitié est mon plus grand gage de sécurité dans le quartier, plus que la forte présence policière, due à la proximité avec les ambassades russes et chinoises

La bus-maison de Simba, au coeur de la ruelle.

Après avoir fait quelques achats, mon ami anglais et moi nous faisons à manger. Il me propose un guacamole, qui constituera notre aliment de base ici. Il ne s’est pas passé un jour, jusqu’au départ de Pete’, sans guacamole. La soirée est à nouveau très agréable. Notre ami kényan a invité quelques proches et le feu nous réchauffe, l’air étant étonnamment frais. D’ailleurs il a plu aujourd’hui et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire et d’aller me mouiller un peu, pour la première fois depuis deux mois. Les conversations sont vives et très enrichissantes. Les amis de Pete’ nous décrivent le quotidien des habitants précaires d’une des plus grandes villes d’Afrique de l’est. Ils ont tous des petits boulots, qui leurs permettent plus de survivre que de vivre. Ils comptent beaucoup les uns sur les autres. Si l’argent, la nourriture vient à manquer, ils n’hésitent pas à se soutenir, et parfois même entre famille également. « Same same, Share share ». Ils trouvent aussi quelques échappatoires pour oublier les difficultés de la vie. L’alcool, qui n’a pas été présent durant la première partie de ce voyage, refait irruption. Les mauvais alcools sont très bon marché ici, et parfois il leur arrive de craquer. Mais comme dans tous les moments difficiles, la communauté dans son ensemble se mobilise pour les soutenir et prévenir tout abus. Avec moi, ils sont aussi très serviables et aidants. Si je cherche quelque chose, ou que je dois me déplacer, certains n’hésitent pas à « m’escorter », me diriger. J’avais un mauvais apriori concernant le fait de demander de l’aide, en échange d’un peu d’argent. Mais faire cette expérience m’a montré que, dans ce cas de figure, tout le monde est gagnant. La confiance en est même parfois renforcée. Chacun à quelque chose de nécessaire pour l’autre, alors pourquoi ne pas partager ?

Durant la semaine, je deviens assez proche de Peter, le docteur des chaussures, qui ne se sépare jamais de son chapeau. Chaque jour, je vais lui dire bonjour et le soir, il vient immanquablement passer la soirée à l’hôtel. C’est aussi un grand fan de reggae. Comment ne pas s’entendre ? Suzy, chez qui je vais boire tous mes cafés, me fait visiter plus en profondeur la ruelle et me présente, m’introduis en quelques sortes, dans les shops et les restaurants alentours. Elle plaide pour moi lorsqu’on me demande un prix supérieur à cause de la couleur de ma peau. Mais toutes ces rencontres n’auraient pas été possibles sans Peter. A nouveau je suis arrivé ici au bon moment, porté par une chance merveilleuse.

En parallèle de ma vie hors de l’auberge, il y a aussi celle à l’intérieur de l’enceinte. Ici je rencontre des occidentaux de passage. Malheureusement les échanges sont souvent aussi courts que les séjours. Généralement, les quelques mots que l’on s’adresse se limitent à la définition de nos itinéraires respectifs. C’est la plupart du temps l’essentiel des interactions. C’est souvent autour d’une bière, lorsque l’on se retrouve sur la terrasse, que nos conversations deviennent réellement intéressantes. Un soir, un anglais assez extravagant et particulièrement écarlate, Jack, se joint à nous et nous partage sa bonne humeur, ainsi que ces récits du nord du Kenya. Le lendemain, ce sont Jonas, un Allemand de la Ruhr, et Luke, un Australien, qui arrivent et apporte un peu de changement dans la dynamique des soirées autour du feu. Puis Peter doit partir, son travail l’emmène à Arusha en Tanzanie, où il doit aller marchander un contrat avec une société minière. On s’échange nos contacts et il me fait promettre de l’appeler lorsque je passerai par la Tanzanie, avec un peu de chance, il y sera encore. Le soir même, on passe une très bonne soirée avec les nouveaux habitants de l’auberge et au fur et à mesure de la conversation, un projet prend forme. Jack, nous parle d’un petit lac, pas très loin d’ici, en plein cœur de la vallée du Rift. Il nous le décrit comme un petit paradis, entouré de volcans et de parcs. Il évoque aussi un petit village de pêcheur où nous pourrions camper. Il s’avère que Jonas, comme Jack, voyage avec une tente. Alors on décide de se mettre en route les quatre dès le lendemain. Alors que la soirée bat son plein, le plan est posé. J’ai trouvé à Nairobi tout ce que je pouvais espérer, des rencontres très enrichissantes qui m’ont appris à mieux me débrouiller dans un environnement urbain qui peut être très impressionnant et parfois un peu effrayant. J’ai pu me reposer, reprendre des forces, avant de fixer mes plans pour la suite.

Le lendemain, l’équipe ne se presse pas pour se préparer. On quitte l’auberge pour passer une dernière fois dans Nairobi, entre les bâtiments coloniaux et les tours. Nous trouvons finalement notre Matatu, d’où nous achetons quelques bananes par les fenêtres. Le bus démarre, bringuebalant, pour nous amener à notre prochaine destination : Naivasha.

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