Au pied du géant 

Au pied du géant 

Après quelques heures de bus, nous arrivons à Arusha. Cette ville nous a souvent été décrite comme accueillante et sympathique. Pourtant, à peine sortis du bus, les « flycatchers » commencent leurs assauts. Ces gens sont employés pas les compagnies de safari pour trouver de potentiels clients qui n’auraient pas encore réservé le leur. Car cette ville est le point de départ de la plupart des expéditions de Tanzanie et ce business est plus que florissant. Après avoir envoyé bouler plusieurs de ces personnes, nous arrivons finalement à notre auberge. Après un peu de repos, nous sommes tout de même contraints de retourner dans la fosse aux lions, car nous n’avons rien réservé et il est impensable de passer ici sans aller voir les merveilles des alentours. C’est alors que notre chance se remet à fonctionner ; à la sortie de l’office de tourisme le plus inutile du monde, et je pèse mes mots, un jeune homme nous aborde. Il a l’air plutôt honnête alors nous décidons de le suivre. Après quelques minutes de discussion dans son agence, nous signons, sans engager d’argent à ce stade, pour partir avec eux le lendemain, car la concurrence ne fait pas le poids. 

Nous nous embarquons pour le parc de Tarangire aux aurores, dans un énorme 4×4 qui nous est réservé. Alex ne tient pas en place et la première giraffe que nous apercevons est un événement ! Notre guide nous assure à 99% que nous verrons des éléphants. Il s’avère que ce chiffre ne sera qu’une estimation du nombre de pachydermes que nous apercevrons. Bref, nous sommes servis, entourés par une myriade d’animaux qui se retrouvent en ce moment autour de la rivière Tarangire. Cest le seul point d’eau de la région lors de la saison sèche. Malgré le fait que nous n’avons pas vu de félins, nous sommes aux anges jusqu’au moment du retour. Même le larsin d’une partie du repas d’Alex par un petit singe n’enlève rien à la magie, au contraire. Le temps et notre budget ont limité l’expédition à une journée, qui s’avérera suffisante. Quant à Arusha, à par la surprise de la vue magnifique sur le mont Meru, nous sommes un peu déçus compte tenu de nos attentes. Alors nous ne nous attardons pas et décidons de continuer la route jusqu’à Moshi, la ville au pied du Kilimanjaro.

Dans la précipitation de la station routière, nous montons dans le pire bus de notre voyage. Le trajet ne devait pas durer plus de deux heures, mais comme ce bus n’avance que lorsqu’il est plein, si bien que nous mettrons plus de quatre heures longues et inconfortables pour rejoindre notre destination. À notre arrivée, nous cherchons en vain l’auberge réservée le soir précédant. Il s’avère que mon application n’est pas à jour et qu’elle nous indique l’ancien emplacement de l’établissement. Un commerçant indien nous indique alors une porte, et en haut des escaliers, un jeune homme souriant nous explique la situation. Il vient d’acquérir les locaux de l’ancienne auberge, mais les travaux ne sont pas terminés et officiellement, ils ne sont pas encore ouverts. Sur ce il nous propose tout de même de loger dans une chambre terminée pour le même prix que notre réservation initiale. Soulagé et surpris, nous acceptons. Plus tard, en ressortant dans la rue, nous cherchons des yeux le plus haut mont africain. Mais Le ciel est couvert et il nous est impossible d’en voir la cime. En rentrant avec quelques achats, nous apprenons que l’employé de l’hôtel s’avère être un guide qui a escaladé le monstre plus d’une cinquantaine de fois. En sirotant des bières aux noms évocateurs tels que « Kilimanjaro » et « Serengeti », il nous propose de nous amener au meilleur point de vue de la ville demain à l’aube, avant que le géant ne se coiffe de son chapeau vaporeux.

Observer le plus haut sommet du continent depuis un décor urbain est une expérience très intéressante. Loin des paysages décrits par Joseph Kessel dans son roman « Le Lion », nous observons l’ancien volcan avec des yeux impressionnés. Même si loin, la montagne semble immense, indomptable. Comment le gars qui nous accompagne a-t-il pu le gravir cinquante fois ? Sur le chemin du retour, il nous explique qu’il ne faut pas monter plus de deux fois par mois. Rien que ça. Nous nous accordons alors un peu de repos avant de partir à la découverte de la ville. Ce que nous attendions d’Arusha, nous le trouvons ici. Les gens sont accueillants, le marché splendide, et les « flycatcher » nous laisse plutôt tranquille. Nous passons une magnifique journée, en dégustant les fruits ramenés du marché et ce petit break bien mérité. On en profite pour planifier le reste du voyage et notre prochaine destination sera la ville côtière de Tanga, très proche de la frontière kényane. Ce sera notre premier contact avec la côte swahilie. Mais ce n’est pas la plus grande découverte que nous partageons là-bas, car ce sera pour nous deux la rencontre avec l’océan indien.

La vie en rose 

La vie en rose 

Nous arrivons à Singida de nuit, notre bus ayant pris du retard durant le trajet. Nous descendons dans une station bondée d’hommes éméchés et plutôt insistant. Cette situation est impressionnante, mais le chauffeur du bus nous aide à trouver un conducteur de tuk-tuk à même de nous conduire jusqu’à l’hôtel que notre petit guide de poche conseillait. Par chance, le veilleur de nuit nous accueille très chaleureusement. Nous sommes heureux de pouvoir enfin nous reposer après 10 longues heures de bus. Toujours aussi prévenant, le vieil homme nous fait visiter plusieurs chambres et bien que le prix soit un peu plus élevé, nous nous offrons une chambre avec une douche, chaude de surcroit. Nous nous couchons épuisés mais très agréablement surpris par la gentillesse du personnel. 

Le lendemain, nous nous réveillons avec les rayons du soleil qui filtrent au travers des rideaux de fortune accrochés aux fenêtres. Le petit déjeuner est copieux et termine de nous remettre d’aplomb pour partir à l’aventure. Nous avons lu que Singida se trouve au bord d’un lac du même nom, sur lequel de nombreux flamands roses viennent faire escale lors de la période migratoire. Nous nous mettons donc en route, très excités de le découvrir. Sur le chemin, les sourires, les petites discussions informelles, les regards bienveillants et les signes de la main sont nombreux. Cette ville, dont le soleil fait scintiller les toits de tôle, nous apparaît alors encore plus chaleureuse. Deux hommes en qamis nous accostent, nous voyant nous promener au milieu des maisons dépravés : « What are you doing ? » s’exclame l’un d’eux. Nous lui expliquons que nous allons voir le lac si bien qu’ils s’empressent de nous montrer par quel chemin il est le plus judicieux de passer. Les poignées de main sont franches et les sourires sincères. Quelle belle découverte que Singida !

Arrivés au bord du lac, le paysage est saisissant : d’énormes pierres parsèment les rives turquoises alors que le soleil fait briller le feuillage des arbres. Nous décidons de nous promener le long de l’eau, en espérant voir ces fameux flamands roses ! Après 1h30 de marche environ, nous nous arrêtons net : ils sont là ! Ce spectacle n’est même pas gâché par nos pieds qui s’enfoncent dans le sable mou sous lequel dort une sorte de limon très noir qui marquera nos chaussures. Nous nous baladons encore un peu et nous approchons d’un amas de gros cailloux polis, sur lesquels bronzent des lézards à la tête rouge et au corps entièrement bleu. Il y en a partout ! Des étoiles pleins les yeux, nous faisons toutefois demi-tour pour retourner au village. Nous avons marché plus de 3 heures et nous commençons à avoir faim ! Après quelques mais grillés, nous essayons de trouver un magasin de données internet. Le vendeur est très aimable et son patron encore plus ! Nous commençons à discuter de tout et de rien, du système politique suisse, des problèmes récurents sur le continent africain, de nos études… Deux heures plus tard, c’est dans le tuk-tuk que le gérant de l’échoppe à lui-même négocier pour nous que nous retournons à l’hôtel, définitivement séduit par Singida. 
Le lendemain matin, nous demandons au personnel de l’hôtel s’il est possible de faire notre lessive. C’est très amusées et surprises que les femmes de chambre observent Thibaud, un homme et qui plus est blanc, laver à la main ses vêtements. Le soleil est si chaud qu’en quelques heures, tous nos habits sont secs. Et heureusement, car il est déjà l’heure de repartir. Prochaine destination Arusha !
Écrit par Alex’

Petit point ! 

Bonjour tout le monde, 

Quelques personnes m’ont demandé où je me trouvais actuellement, ainsi que pourquoi le blog est si en retard par rapport au voyage. D’abord je suis désolé si tout n’est pas à jour, j’ai même plus d’un mois de retard… Mais la suite arrive. Le problème c’est que je ne suis pas toujours régulier, par exemple, j’ai 5-6 textes qui sont prêts ou en correction, mais encore une partie blanche si je veux respecter la chronologie du voyage. Voilà la cause du retard. Mais la suite arrivera et elle est toujours incroyable, à vivre e tout cas. 

J’ai préparé un petit aperçu de mon parcours et une esquisse de suite, car elle n’est pas fixée. Je suis actuellement sur la flèche, à Lilongwe, la capitale du Malawi. Le blog s’est pour le moment arrêté à notre entrée en Tanzanie, avec Alex. Donc je vous promet que j’avance, géographiquement et dans l’écriture. Promis j’essaye de me mettre à jour rapidement! 

Au programme des publications, il y a la suite de la Tanzanie et du voyage avec Alex, la traversée du lac Tanganyika pour aller en Zambie, la Zambie puis le Malawi. Mon séjour au Malawi n’est pas encore terminé mais je compte traverser le lac pour me rendre au Mozambique, puis depuis la côte revenir dans les terres et me rendre au Zimbabwe. Mes plans s’arrêtent là pour le moment ! 

À bientôt et j’espère que vous prenez autant de plaisir à lire ce blog que j’en prends à l’écrire ! 

Thib  

Légende: les points rouges sont les endroits où j’ai dormi. Le trait bleu, mon trajet approximatif. Le trait violet ce que j’envisage !

It’s surprising you didn’t lost!

It’s surprising you didn’t lost!

Après la nuit dans l’hôtel rouge fluo, nous nous levons aux premières heures pour passer la frontière le plus tôt possible. Il nous reste encore un détail à régler : Y a-t-il un bus pour nous emmener à notre prochaine destination. Il faut bien avouer que cette destination n’est pas encore définie. Des gens nous ont recommandés de passer la nuit à Kahama, ville depuis laquelle rejoindre Arusha devrait être possible. Nous partons alors aux aurores et pour une fois, nos avis divergent. Je propose de partir à droite et Alex à gauche. Nous finirons par suivre un vieil homme, qui donne raison à Alexandra. Le poste frontière est plutôt impressionnant. Entouré de grands barbelés, avec une route surveillée par une armada de caméras. Mais le comportement des locaux démystifie vite l’aspect infranchissable de ce passage. Des enfants jouent au sautant les barbelés, qui sont alors pliés et cassés par endroits. D’autres gens vont puiser de l’eau, en empruntant un chemin très informel, qui transperce la frontière.

Au bout de cette route se trouve le poste frontière tanzanien. Le visa nous est donné très facilement et cela fait un bien fou ! Alors que nous nous informons du taux de change en vigueur, un homme souriant nous aborde en nous demandant notre destination. Nous lui confions que nous voulons nous rendre à Arusha, sans savoir où faire escale. D’un rire malicieux, il nous répond en français : « Je suis votre homme, je travaille pour la compagnie de bus qui relie Kigali à Dar es Salaam. Personnellement je vous conseille d’aller jusqu’à Singida, passer la nuit et continuer le lendemain. Allez  juste prendre votre ticket dans le village de l’autre côté de la frontière et on se voit dans une heure ». Notre chance incroyable a encore frappé. Quelques minutes plus tard, notre ticket en poche, nous embarquons dans le bus. A nouveau, la seule indication sur notre heure d’arrivée est : « ce soir ! ». Le trajet est aussi très intéressant, les paysages sont incomparables à ceux du Rwanda. Nous sommes vite transposés dans la savane. La télévision du bus joue plusieurs hits de la région, ainsi que des clips dans la mouvance internationale actuelle. Mais le plus intéressant sont les films qui nous sont proposés. Même si ils sont sous-titrés, il est presque impossible de comprendre la trame. A nos yeux, l’absurde des situations rend le moment assez hilarant.

Le trajet est le plus long qui nous a été donné de faire tous les deux. 700 kilomètres en une journée. Avec quelques bananes et un petit repas en fin d’après-midi, nous arrivons épuisés dans cette ville complétement inconnue. La nuit, les stations de bus peuvent être plutôt anxiogènes. Entre les racolleurs aux yeux vitreux, nous nous fraillons un chemin jusqu’à un tuk-tuk et nous réfugions dans le seul hôtel présent dans notre guide de voyage. Finalement, le gardien de nuit nous amène dans une chambre munie de toilettes et d’une douche, chaude qui plus est. L’hôtel « Stanley » est un endroit plutôt accueillant, qui nous permettra de nous requinquer avant d’aller visiter notre première ville tanzanienne. Nous n’en connaissions même pas l’existence et la surprise s’annonce de taille.

Galerie Rwanda 

Kigali et la galère aux pieds d’une colline de gratte-ciel
Les rizières du Rwanda
En moto dans les champs de thé
Un des multiples papillons du parc de Nyungwe
Paysages rwandais
Il fallait bien y passer. On ne traverse pas un village en étant musungu si facilement
Le motel de la frontière et sa couleur qui aurait dû nous donner une indication
Il est même doté d’un fitness !
Les barbelés de la frontière à Rusumo
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L’approche de la chute d’eau
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On se sent si petit…

La grande traversée 

La grande traversée 

Après avoir pris le temps de se retrouver, Alex et moi décidons d’aller explorer Kigali. Nous partons à pied, pour qu’elle puisse voir et sentir la ville, les gens. C’est le premier contact avec l’Afrique. Elle s’émerveille devant chaque chose inattendue, est touchée par les sourires que les passants nous offrent. Je suis tellement heureux d’être là avec elle, touché aussi par cet entrain et cette confiance qui émane d’elle. Même si ont passe dans des petites rues assez pauvres, situés dans les vallées entre les collines de la ville, ce n’est pas la pauvreté extrême. Pas encore. Durant les quelques jours où nous sommes à la capitale, nous commençons aussi à planifier la suite. Le prochain arrêt de fera à Nyungwe, la forêt tropicale de l’ouest du pays. Durant le trajet assez inconfortable comme d’habitude, je la regarde s’émerveiller devant les paysages du Rwanda. Devant aussi les petits villages perdus entre les collines, où encore du nombre de chèvres que les gens promènent. Et je m’émerveille de la voir. Je suis tellement content et soulagé que son arrivée se passe bien.

Nyungwe est magnifique et nous partons pour une randonné qui nous mènera à une sublime chute d’eau. On se fraie un chemin entre les fougères en espérant voir des singes sauter au dessus de nos têtes. Alex en verra un, très éloigné. C’est 20 fois moins que ce qu’on a vu lors du trajet pour venir !

Après avoir joué à Tarzan et Jane, nous rentrons sereinement à notre « guest house ». Le raccourci que nous montre notre guide nous fait passer dans les plantations de thé de la région. On dirait un grand tapis vert qui s’allonge sur tout le paysage. Le lac Kivu n’est pas loin, mais juste trop pour l’apercevoir. On pense aussi à maman qui se trouve à quarante petits kilomètre d’où nous sommes. Mais la frontière est, comme je peux en attester, presque infranchissable.

La journée qui suit, c’est Alexandra, qui va vous la raconter ! Voilà l’Afrique dans les yeux de Jane.
Complément écrit par Thib, alias Tarzan…

………………………

Apres notre magnifique séjour à Nyungwe, il est temps de partir pour la Tanzanie. Peu d’informations sont disponibles en ce qui concerne les bus menant jusqu’à la frontière. Notre aubergiste nous aide donc à réserver deux places dans un bus nous menant jusqu’à Kigali. Comme il nous faut partir à 6h30, il nous prépare un « breakfast » à l’emporter. Nous nous couchons tôt afin d’avoir l’énergie nécessaire pour affronter la traversée du pays.
À 6h, le réveil sonne. Au bord de la route dès 6h40, nous sommes rassurés lorsque notre bus pointe le bout de son par choc à 7h, c’est à dire avec seulement une vingtaine de minutes de retard. Toujours aussi chanceux, nous sommes assis sur deux vrais sièges jumeaux, et non sur les sièges de fortune occupant l’aller pour rentabiliser davantage le trajet pour les compagnies de transport. Le trajet se passe sans embûche, en apercevant encore quelques singes par la fenêtre.

Une fois sortis du bus, nous sommes plongés dans la jungle de la station routière. Nous sommes guidés par un passager de notre précédent bus jusqu’à la compagnie effectuant des trajets jusqu’à la frontière tanzanienne. Après une bousculade musclée jusqu’au comptoir, nous achetons enfin nos billets. En attendant le bus, nous essayons de nous reposer quelques instants dans une toute petite échoppe avant de retourner affronter la cohue jusqu’à notre car.

Encore une fois nous sommes chanceux. Nous obtenons deux sièges côte-a-côte. Malheureusement, la voisine de Thibaud, qui s’installa plus qu’allègrement sur son assise, voyageait avec une grosse malle en métal bleue, malle qui titillera les mollets de Thibaud pendant tout le voyage. Quant à moi, le plancher du bus se surélevait sous mes jambes pour laisser place à la roue, m’empêchant d’étendre mes jambes normalement. Tant pis, on sera encore plus contents d’être arrivés!

Ce second trajet s’avère toutefois être très agréable. Bien que nous n’ayons pas pris beaucoup de photos sur le chemin, les paysages étaient magnifiques. Progressivement, nous remarquons toutefois qu’ils se transforment, les champs deviennent moins verts, les collines moins hautes et les villages rencontrés plus pauvres. Comme nous n’avons pas encore notre visa pour entrer sur le sol tanzanien, le chauffeur de bus nous dépose à la frontière, ou nous avons prévu de passer la nuit.

Commence alors la longue quête vers le motel promis par internet. Un peu perdus et fatigués, nous errons dans les rues du petit hameaux construits le long des barbelés tanzaniens. Apres un virage, c’est la délivrance : un ensemble de bâtisses, certes en mauvais état, annonce une « réception ». Nous pensons alors être enfin arrivés à bon port, après plus de 9 heures de voyage. Mais lorsque nous nous en approchons d’un peu plus près, c’est la désillusion : tout est vide. Nous décidons alors de nous poser quelques instants afin de reprendre des forces.
Bien que nous soyons sereins car certains de trouver une solution, nous commençons à nous impatienter, la fatigue se faisant sentir. Heureusement, un jeune homme rencontré sur le chemin du retour nous informe que le motel annoncé sur le net est en réalité le bar que nous avions aperçu en venant. Rassurés et heureux, nous nous dirigeons vers l’imposante maison rouge fluo bordant la route.

Derriere sa façade criarde se cache un joli jardin plutôt bien entretenu dans lequel se trouve un bar et de nombreuses tables et chaises dispersées entre les arbustes. Nous demandons alors s’il est possible de passer la nuit ici, ce que l’aubergiste nous confirme. Très accueillant et chaleureux, il nous amène jusqu’à notre chambre sommairement meublée mais très propre. Les sanitaires sont toutefois en très mauvaise état et sans eau, ce qui au final ne nous dérangera pas, ayant tout ce dont nous avions besoin pour faire un brin de toilette avant de dormir, la journée ayant été fatigante.

Avant de nous endormir, nous faisons notre traditionnel point du jour : chacun raconte ce qui l’a particulièrement marqué durant la journee. Pour ma part, c’est la chance qui nous accompagne à chaque instant que j’ai eu envie de rappeler. Alors que nous ne savions pas s’il était possible de se rendre à la frontière en bus ni même s’il était faisable d’y dormir, tout s’est passé d’une manière si fluide et si belle que j’ai eu envie que nous nous remémorions cela. Comment ne pas avoir confiance? On fait vraiment une sacrée équipe.

 

Galerie Congo

Galerie Congo

La sainte coloc’

Birindwa au travail

Adrien

La place de l’indépendance, qui est aussi le seul rond-point de la ville. La police ce poste la pour prévenir les émeutes attendue lors de la fin du mandat du président

Birindwa portant l’un des maillots les plus mythique pour un neuchâtelois

Emportée par la pluie, la route s’était transformée en rivière

Un pont effondré, plus petit que l’écartement des roues d’une voiture

Les pêcheurs partent pour une longue nuit


Un repas congolais, devant une vielle carte du pays

Je vous la remet parce que je l’adore

Avec les sœurs Mirabilis et Pilar, les musungu les plus congolaises de la région

Très étonnant…
de voir une photo de son petit frère sans une école congolaise

Paul a gardé sa gestuelle liée à l’Amstel

Dans la pirogue pour Kasihe

Le regard joyeux de Moise, un petit gars atteint de handicap

Qui aime bien mes cheveux

Avec les enfants handicapé dans le besoin à Heri Kwetu


Une salle d’opération

Des amis/partenaires qui lancent un hôpital de quartier

Bukavu bel exemple d’urbanisation sauvage

Bonus :

Et un dindon offert pour nous remercier

Ensemble on est plus fort

Ensemble on est plus fort

Lorsque je quitte Bukavu, j’ai le ventre douloureux. Avec maman, on a surement mangé quelque chose qui n’est malheureusement pas passé. Mais j’ai aussi le ventre noué car je vais enfin voir, ma chérie. On s’est donné rendez-vous à Kigali pour nos retrouvailles. Maman et Dechi m’accompagnent à la frontière. L’adieu est touchant, et je suis très fier de ma maman, et je crois qu’elle l’est aussi de moi. Moi en tout cas, j’admire beaucoup tout ce qu’elle fait ici. L’envie, la force et la détermination qu’elle dégage ici est incroyable et je suis vraiment heureux d’avoir été à ses côtés quelques semaines. Elle reste ici encore quelques temps, pour lancer de nouveaux projets. J’espère pouvoir être à ses côtés plus tard, pour d’autres voyages là-bas. Assurément j’y serai depuis notre QG de Paul-Vouga.

On se quitte alors après une longue étreinte. Presque aussi forte que celle du jour où je l’attendais du côté de la frontière d’où elle me regarde m’éloigner. Merci maman pour cette expérience magnifique et encore merci à mes parents pour m’avoir donné cette passion de l’Afrique, il y a quelques années.

Le trajet jusqu’à Kigali me parait incroyablement long et très inconfortable. Comme le bus est plein, je dois tenir mes deux sacs entre les jambes, et sacrifier mon genou gauche. Mais le moment de retrouver ma chérie avance. Avec cette idée en tête, la douleur est bien plus supportable. En arrivant, je me rends à l’hôtel et m’accorde un petit plaisir occidental, un hamburger. Pour la dernière fois depuis mon départ, je me couche seul dans un lit trop grand. Juste avant d’aller dormir, je parviens à échanger quelques mots avec elle, qui s’apprête à prendre l’avion. J’essaye tant bien que mal de contenir son appréhension, et prie pour que tout se passe pour le mieux.

Très tôt, je reçois un message qui m’apprends son arrivée à Addis Abeba, la dernière escale. L’avion devrait être à l’heure, l’attente ne sera pas plus longue que prévu. Heureusement. Je m’assoupis encore quelques minutes puis au réveil, je pars en quête d’une première découverte à lui offrir. Les fruits de la région sont une merveille, je vais donc chercher mes préférés. J’ai l’impression que l’heure n’avance pas. Alors je tourne en rond et décide de déjà me rendre à l’aéroport, même si l’avion n’arrive que dans une heure. Le ventre noué, je tourne encore en rond, alors que les policiers et militaires de l’aéroport me regardent d’un œil amusé. Même si je suis persuadé que tout se passera bien, c’est tout de même la première fois qu’Alexandra sort d’Europe. De plus, l’Afrique n’est pas l’expérience la plus facile. Je me dit qu’il n’y a aucune raison que ce voyage ne se passe pas bien.

L’avion est là, alors je me poste à l’entrée. L’attente est toujours longue, mais comme je l’avais suspectée, elle est la première à sortir du terminal. Elle ne me voit pas au premier coup d’œil, alors je l’appelle. Puis on se prend dans les bras, comme on en rêve depuis mon départ. Je ne sais même pas combien de temps cela a pu durer, et je n’ai pas envie de savoir. Mais ce moment était magique. La force des retrouvailles. On est à nouveau ensemble. Irréel. Même au moment où nous décidons de rejoindre notre hôtel, nous n’avons pas encore réalisé de ce qu’il se passe. Mon ventre se délie à ce moment, et mon sourire ne se relâche pas un instant.

En s’approchant des taxis, Alex m’étonne déjà par son sens de la négociation. Mais le prix final est toujours trop cher pour nous, alors je propose un peu honteux de prendre une moto. J’espérais ne pas avoir à lui infliger ça après une nuit blanche et dix-huit heures de voyage. Mais son enthousiasme balaie vite ma culpabilité et l’aventure commence déjà. A notre arrivée, je crois que mes petites intentions lui ont fait plaisir.

Après de longs mois, on peut enfin se toucher, se parler sans téléphone, se voir sans écran. Il n’y a pas de coupure. On peut se retrouver et se redécouvrir. On peut penser les prochaines semaines en terme de nous. On va pouvoir se découvrir dans un contexte différent du quotidien. On est aussi prêt à partir découvrir une partie de ce continent, ensemble. Car ensemble on est plus forts. Le sentiment d’être incroyablement chanceux ne peut pas dépasser celui que j’ai ressenti lorsqu’on s’est retrouvé. Merci pour tout ma chérie, de me laisser vivre ce rêve, et d’avoir tout fait pour qu’on puisse le partager quelques temps. Je suis persuadé que ce sera inoubliable.

Galerie des prisons

Kabare, le foot est un échappatoire à la faim
La tentative d’évasion
Une cellule vide, à Kabare
Le regard vide…
La jeune prisonnière
Dr. Claude, Dr. Didier et Da Vero
Photo d’équipe avec le « comité FIFA », qui gère le foot à la prison centrale. Le capita et son second sont aussi là
Le terrain coupe la petite cour en deux, possibilité de traverser qu’à la mi-temps
Le grand capita remet les prix aux meilleures équipes
État des lieux
Voilà le dernier article concernant les prisons. C’était toujours dur, mais tellement intéressant.. 

Il n’y a que peu de photos des endroits, je m’en excuse, mais j’ai décidé de respecter la dignité des détenus. Même si l’utilisation des images aurait pu potentiellement avoir un impact pour eux, il n’était impossible de capturer ces gens croupissant dans les cellules. Je pense qu’il était mieux ainsi. 

Sinon, je ne pensais pas que l’article sur Kabare allait avoir un impact pareil, vous êtes prêt de 500 à l’avoir lu jusqu’à maintenant. J’espère ne pas vous avoir foutu le cafard, mais je devais parler de cet endroit. C’est une leçon de vie, et d’après les retours que j’ai eu, beaucoup l’ont aussi vécu comme cela. 

La suite sera plus gaie, car j’ai retrouvé ma chérie au Rwanda et nous allons traverser la Tanzanie ensemble. C’est sa première fois en Afrique et même hors d’Europe ! Comme elle travaille avec moi sur ce blog depuis le début, en corrigeant mes textes, on a décidé qu’elle écrirait aussi quelques textes. Un regard complètement neuf ne peut pas faire de mal pour soulever ce que je ne vois plus! 

Merci pour tout et hésitez pas à me dire si vous avez des conseils, idées pour enrichir ce que j’essaye de partager ici. 

À bientôt pour la suite ! 

Thib 

La prison modèle

La prison modèle

Pour mon dernier week-end au Congo, nous avons dû annuler notre programme maman et moi. J’avoue que même si je rate un passage dans les montagnes et un aperçu des mines de la région, je suis content de rester à Bukavu pour terminer mon séjour. En effet, nous avons changé nos plans, épuisés par ces derniers jours plus qu’intenses. Mais malgré tout, j’ai tenu à retourner à la prison centrale. J’y avais déjà fait un saut il y a quelques jours, car nous étions invités pour assister à la finale du tournoi de la prison, qui a lieu grâce au matériel que « Un Seul But » leur fournit. Mais je n’avais toutefois pas eu le temps de « visiter » l’endroit. Ainsi, lorsqu’Adrien nous a proposé de venir assister à la messe, nous avons tous de suite accepté.

En arrivant, nous sommes accueillis par Adrien. Le directeur arrive ensuite, l’air un peu préoccupé. Il annonce à Adrien une triste nouvelle. Un des prisonniers, pris de violentes diahrrées, est décédé pendant la nuit. Le chef de l’établissement s’étonne car trois médicaments lui avaient été administrés la veille. Il avait eu droit à cette faveur. D’ailleurs, l’odeur de merde est insoutenable. La maladie menace chacun des prisonniers, prête à emporter chacun des 1’500 hommes qui croupissent là les uns sur les autres. Nous entrons ensuite dans l’enceinte, pas plus grande que la cour de mon ancien lycée, puis dans la petite chapelle. Adrien commence la messe, quand je remarque que le « Grand Capita » se trouve tout près de moi. Cet ancien gradé de l’armée, dont le visage est taillé au couteau, fait respecter sa loi ici. 150 hommes sont à son service, toujours armé d’un bâton comme matraque. Avec ma mère et moi, il est très courtois, même protecteur. Durant la messe, il m’adresse un grand sourire et un regard respectueux. Il est ici car durant ces années dans l’armée, il était partisan d’une des armes de guerres les plus violentes et meurtrière dans la région : le viol. Je n’en sais pas plus. Mais il est, d’après ce que j’ai compris, apprécié par la majorité des détenus et les membres de l’aumônerie. Il a, par exemple, mis un terme aux tortures qui avaient lieu contre ceux qui défiait son prédécesseur. La manière la plus utilisée ici était de leur briser les pieds, réduire leurs os en petits morceaux. L’espoir des torturés de remarcher était alors aussi fin que leurs os brisés, infime. La loi de la jungle règne ici, alimentée par la barbarie des milices qui sévissaient dans la région.

Durant la messe, le cœur chante à tue-tête devant une assemblée qui, comme leurs camarades de Kabare, a le regard vide. Mais eux ce n’est pas la nourriture qui leur manque, mais l’espoir. Ils en trouvent un peu dans la religion, mais elle ne peut pas tout combler. Mais le rythme des chants et des tambours leurs permet de s’évader quelques instants, même de danser un peu et taper dans leurs mains. La religion leur permet aussi peut-être de chercher un pardon, une rédemption.

A la sortie de la messe, mon ami, le docteur Claude, me prend par la main. Nous partons visiter l’enceinte. Je mets quelques instants à remarquer que nous sommes entourés, escortés par des miliciens, leurs pieds-de-biches au poing. Nous faisons le tour de l’établissement, entrons dans les cellules. La première que nous visitons est la cellule huit, divisée en petites chambres. Elle est réservée aux gens qui ont du pouvoir, leur donnant la chance d’avoir une chambre pour deux, avec une télévision satellite et un matelas. Les cellules suivantes sont comparables à celle que j’ai vu à Kabare sauf que là, une seule cellule contient autant de détenus que dans l’autre prison. Ils s’entassent à minimum 220 dans un espace d’environ quinze mètres sur huit. Quelques lits superposés, dépourvus de matelas, sont réservés pour les chefs de cellules, les autres dorment par terre. La porte des cellules se ferme chaque nuit, de 18h à 6h. Les besoins se font au sol, à côté des codétenus. La promiscuité est extrême. Le capita nous invite alors dans sa cellule, qui se compose d’un petit salon et d’une petite chambre. Lui n’est pas à plaindre. Un lit, une télé, et même une petite véranda dans la cour commune lui sont réservés. Je n’aurai pas accès au quartier des femmes, qui sont souvent enfermées avec leurs enfants, ni à celui des mineurs.

Nous visitons aussi la cuisine, qui permet de nourrir toute la prison. Ici chacun a droit à sa ration. Ils ne mangent pas à leur faim, mais ils mangent. En plus, la prison est ouverte et accessible pour les familles, qui peuvent en partie s’occuper de leurs proches emprisonnés. Dans la cour il y a même quelques petits étalages, des petits marchés. On m’avait décrit cet endroit comme une petite ville et s’est bien le cas. Un chef, du commerce, une Eglise, un terrain de foot. A la seule différence que les gens ne peuvent pas sortir, même s’ils aperçoivent la liberté et la ville sur les collines environnantes visible depuis la cour centrale. Mais même si ici ils ne meurent pas de faim, la promiscuité transforme un petit virus en épidémie meurtrière, l’indifférence des responsables une simple diarrhée en raison de mort. C’est sans complexe que le directeur aime rappeler aux visiteurs que cette prison est considérée comme une prison modèle en RDC, considérée comme la meilleure du pays durant l’année précédente.

Je termine ma visite au quartier spécial, où sont envoyés les malades. C’est aussi ici qu’est enfermé mon ami le docteur Claude. Ce médecin de formation croupi ici depuis plus de quatre ans. Il a été condamné pour un avortement qui a mal tourné. Homicide. Il ne sait pas quand il pourra sortir d’ici. En attendant, il se bat, pour rendre ce lieu plus humain, il est respecté et influent. Mais les années flétrissent la volonté. Nous l’aidons comme nous pouvons pour qu’il puisse exercer son métier ici. Il nous en est infiniment reconnaissant. Lorsqu’il me prend entre quatre yeux pour me donner une petite enveloppe et me souhaiter bonne chance pour la suite du voyage, je lui fais par d’une intuition : La prochaine fois que l’on se rencontrera, il sera un homme libre. Larmes aux yeux et front contre front, on se quitte, chacun chargé d’espoir et de courage.